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“Et sur ces cris, les bourgeois de courir plus fort, les mousquets de s’armer, les haches de luire, et les yeux de flamboyer.”
— Brave Tyckelaer ! honnête Tyckelaer ! criait en chœur la foule.
— Sans compter, disait une voix, que pendant cette fuite du Corneille, le Jean, qui est un non moins grand traître que son frère, le Jean se sauvera aussi.
— Et les deux coquins vont manger en France notre argent, l’argent de nos vaisseaux, de nos arsenaux, de nos chantiers vendus à Louis XIV.
— Empêchons-les de partir ! criait la voix d’un patriote plus avancé que les autres.
— À la prison ! à la prison ! répétait le chœur.
Et sur ces cris, les bourgeois de courir plus fort, les mousquets de s’armer, les haches de luire, et les yeux de flamboyer.
Cependant aucune violence ne s’était commise encore, et la ligne de cavaliers qui gardait les abords du Buytenhof demeurait froide, impassible, silencieuse, plus menaçante par son flegme que toute cette foule bourgeoise ne l’était par ses cris, son agitation et ses menaces ; immobile sous le regard de son chef, capitaine de la cavalerie de la Haye, lequel tenait son épée hors du fourreau, mais basse et la pointe à l’angle de son étrier.
Cette troupe, seul rempart qui défendît la prison, contenait par son attitude, non seulement les masses populaires désordonnées et bruyantes, mais encore le détachement de la garde bourgeoise, qui, placé en face du Buytenhof pour maintenir l’ordre de compte à demi avec la troupe, donnait aux perturbateurs l’exemple des cris séditieux, en criant :
— Vive Orange ! À bas les traîtres !
La présence de Tilly et de ses cavaliers était, il est vrai, un frein salutaire à tous ces soldats bourgeois ; mais peu après, ils s’exaltèrent par leurs propres cris, et comme ils ne comprenaient pas que l’on pût avoir du courage sans crier, ils imputèrent à timidité le silence des cavaliers et firent un pas vers la prison, entraînant à leur suite toute la tourbe populaire.
Mais alors le comte de Tilly s’avança seul au-devant d’eux, et levant seulement son épée en fronçant les sourcils :
— Eh ! messieurs de la garde bourgeoise, demanda-t-il, pourquoi marchez-vous et que désirez-vous ?
Les bourgeois agitèrent leurs mousquets en répétant les cris de :
— Vive Orange ! Mort aux traîtres !
— Vive Orange ! soit ! dit M. de Tilly, quoique je préfère les figures gaies aux figures maussades. Mort aux traîtres ! si vous le voulez, tant que vous ne le voudrez que par des cris. Criez tant qu’il vous plaira : Mort aux traîtres ! mais quant à les mettre à mort effectivement, je suis ici pour empêcher cela, et je l’empêcherai.
Puis se retournant vers ses soldats,
— Haut les armes, soldats ! cria-t-il.
Les soldats de Tilly obéirent au commandement avec une précision calme qui fit rétrograder immédiatement bourgeois et peuple, non sans une confusion qui fit sourire l’officier de cavalerie.
— Là, là ! dit-il avec ce ton goguenard qui n’appartient qu’à l’épée, tranquillisez-vous, bourgeois ; mes soldats ne brûleront pas une amorce, mais de votre côté vous ne ferez point un pas vers la prison.
— Savez-vous bien, monsieur l’officier, que nous avons des mousquets ? fit tout furieux le commandant des bourgeois.
— Je le vois pardieu bien, que vous avez des mousquets, dit Tilly, vous me les faites assez miroiter devant l’œil ; mais remarquez aussi de votre côté que nous avons des pistolets, que le pistolet porte admirablement à cinquante pas, et que vous n’êtes qu’à vingt-cinq.
— Mort aux traîtres ! cria la compagnie des bourgeois exaspérée.
— Bah ! vous dites toujours la même chose, grommela l’officier, c’est fatigant !
Et il reprit son poste en tête de la troupe, tandis que le tumulte allait en augmentant autour du Buytenhoff.
Et cependant le peuple échauffé ne savait pas qu’au moment même où il flairait le sang d’une de ses victimes, l’autre, comme si elle eût hâte d’aller au-devant de son sort, passait à cent pas de la place derrière les groupes et les cavaliers pour se rendre au Buytenhof.