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“Alors dites-le-moi tout de suite, je prendrai mes précautions en conséquence.”
— Heu ! il est mal avec Son Éminence.
— Mouston, dit Porthos, sellez Vulcain et Bayard.
— Et moi, Monsieur, prendrai-je Rustaud ?
— Non, prenez un cheval de luxe, prenez Phébus ou Superbe, nous allons en cérémonie.
— Ah ! dit Mousqueton respirant, il ne s’agit donc que de faire une visite ?
— Eh ! mon Dieu, oui, Mouston, pas d’autre chose. Seulement, à tout hasard, mettez des pistolets dans les fontes ; vous trouverez à ma selle les miens tout chargés.
Mouston poussa un soupir, il comprenait peu ces visites de cérémonie qui se faisaient armé jusqu’aux dents.
— Au fait, dit Porthos en regardant s’éloigner complaisamment son ancien laquais, vous avez raison, d’Artagnan, Mouston suffira, Mouston a fort belle apparence.
— Et vous, dit Porthos, ne vous habillez-vous point de frais ?
— Non pas, je reste comme je suis.
— Mais vous êtes tout mouillé de sueur et de poussière, vos bottes sont crottées ?
— Ce négligé de voyage témoignera de mon empressement à me rendre aux ordres du cardinal.
En ce moment Mousqueton revint avec les trois chevaux tout accommodés. D’Artagnan se remit en selle comme s’il se reposait depuis huit jours.
— Oh ! dit-il à Planchet, ma longue épée…
— Moi, dit Porthos montrant une petite épée de parade à la garde toute dorée, j’ai mon épée de cour.
— Prenez votre rapière, mon ami.
— Et pourquoi ?
— Je n’en sais rien, mais prenez toujours, croyez-moi.
— Ma rapière, Mouston, dit Porthos.
— Mais c’est tout un attirail de guerre, monsieur ! dit celui-ci ; nous allons donc faire campagne ? Alors dites-le-moi tout de suite, je prendrai mes précautions en conséquence.
— Avec nous, Mouston, vous le savez, reprit d’Artagnan, les précautions sont toujours bonnes à prendre. Ou vous n’avez pas grande mémoire, ou vous avez oublié que nous n’avons pas l’habitude de passer nos nuits en bals et en sérénades.
— Hélas ! c’est vrai, dit Mousqueton en s’armant de pied en cap, mais je l’avais oublié.
Ils partirent d’un trait assez rapide et arrivèrent au Palais Cardinal vers les sept heures un quart. Il y avait foule dans les rues, car c’était le jour de la Pentecôte, et cette foule regardait passer avec étonnement ces deux cavaliers, dont l’un était si frais qu’il semblait sortir d’une boîte, et l’autre si poudreux qu’on eût dit qu’il quittait un champ de bataille. Mousqueton attirait aussi les regards des badauds, et comme le roman de Don Quichotte était alors dans toute sa vogue, quelques-uns disaient que c’était Sancho qui, après avoir perdu un maître, en avait trouvé deux.
En arrivant à l’antichambre, d’Artagnan se trouva en pays de connaissance. C’étaient des mousquetaires de sa compagnie qui justement étaient de garde. Il fit appeler l’huissier et montra la lettre du cardinal qui lui enjoignait de revenir sans perdre une seconde. L’huissier s’inclina et entra chez Son Éminence.
D’Artagnan se tourna vers Porthos, et crut remarquer qu’il était agité d’un léger tremblement. Il sourit, et s’approchant de son oreille, il lui dit :
— Bon courage, mon brave ami ! ne soyez pas intimidé ; croyez-moi l’œil de l’aigle est fermé, et nous n’avons plus affaire qu’au simple vautour. Tenez-vous raide comme au jour du bastion Saint-Gervais et ne saluez pas trop bas cet Italien, cela lui donnerait une pauvre idée de vous.
— Bien, bien, répondit Porthos.
— Entrez, Messieurs, dit-il, Son Éminence vous attend.