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“Mais c’est chose digne à tenter, que de leur faire sentir que rien ne peut les rendre respectables, si ce n’est la modestie et la pudeur.”
comment on peut lutter contre le plaisir.
Si l’image de quelque volupté se présente, veille sur toi, comme tu fais pour toutes les autres images, et ne te laisse pas emporter par elle ; mais que la chose t’attende, et obtiens de toi-même quelque délai. Ensuite compare les deux moments, l’un où tu jouiras de la volupté, l’autre où, après en avoir joui, tu te repentiras et te feras à toi-même des reproches ; puis oppose-leur la joie que tu éprouveras si tu t’abstiens, et les louanges que tu te donneras à toi-même. Te semble-t-il opportun d’entreprendre l’action ? prends garde de te laisser vaincre par ses charmes et ses plaisirs et ses séductions ; mais oppose-leur une chose qui vaut mieux : la conscience d’avoir soi-même vaincu dans ce combat.
pourquoi craindre d’être vu en agissant ?
Lorsque, sachant bien que tu dois faire une chose, tu la fais, n’évite jamais d’être vu en la faisant, même si le vulgaire doit en penser du mal. Car si tu as tort d’agir ainsi, fuis l’action même ; et si tu n’as pas tort, pourquoi crains-tu ceux qui te blâmeront à tort ?
il faut séparer dans notre conduite le corps de l’ame comme la nuit du jour.
Ces propositions, « Il est jour, » « Il est nuit, » ont une grande valeur si on les énonce séparément, et, si on les joint ensemble, n’en ont plus ; de même, prendre pour soi la meilleure part, c’est chose excellente par rapport au corps ; mais, si l’on considère les devoirs de sociabilité, qu’on doit observer dans un banquet, c’est chose indigne. Lors donc que tu dîneras avec quelqu’un, souviens-toi de ne pas seulement regarder la qualité des mets pour le corps, mais encore de conserver le respect à l’égard du maître du banquet.
ne pas changer notre rôle.
Si tu prends un rôle au-dessus de tes forces, tu le joues mal ; et celui que tu pouvais remplir, tu l’abandonnes.
le faux pas.
Comme, en te promenant, tu prends garde de marcher sur un cor ou de te fouler le pied, de même prends garde de blesser la partie maîtresse de toi-même. Si nous songeons à cela dans chaque action, plus sûrement nous pourrons nous mettre à l’œuvre.
la mesure de la propriété.
La vraie mesure de la possession doit être pour chacun le besoin du corps, comme le pied est la mesure de la sandale. Si tu te renfermes dans ces bornes, tu garderas la mesure ; si tu les passes, tu seras entraîné désormais comme dans un précipice. De même pour les souliers, s’ils excèdent les besoins de ton pied : tu les voudras d’abord dorés, puis de pourpre, puis brodés ; car, une fois la mesure passée, il n’est plus aucune borne.
de l’éducation des femmes.
Les femmes ont à peine atteint leur quatorzième année que les hommes les appellent leurs maîtresses : elles jugent de là que nulle autre qualité n’est en elles, si ce n’est de pouvoir servir aux plaisirs des hommes ; elles commencent donc à se parer, et dans leur parure mettent tout leur espoir. Mais c’est chose digne à tenter, que de leur faire sentir que rien ne peut les rendre respectables, si ce n’est la modestie et la pudeur.
c’est sottise que de prendre trop soin de son corps.
Signe de sottise, que de s’attarder aux soins du corps, comme de s’exercer longtemps, de manger longtemps, de boire longtemps, de donner beaucoup de temps aux autres nécessités corporelles. Toutes ces choses doivent se faire par accessoire ; que vers l’esprit soient tournés tous nos soins !
être doux envers ceux qui font mal, car ils se trompent.
Quand quelqu’un te fait du tort, ou dit du mal de toi, souviens-toi qu’il le fait ou le dit en croyant faire ce qui est pour lui convenable : il n’est donc pas possible qu’il suive ton opinion, mais la sienne ; et si son opinion est vicieuse, c’est lui qui a le mal, puisque c’est lui qui a l’erreur. Et en effet, si quelqu’un croit faux un syllogisme vrai, ce n’est pas le syllogisme qui en souffre, mais l’homme qui se trompe. En partant de là, tu te conduiras avec douceur envers celui qui t’injuriera ; car tu te diras, à chaque injure : « Cela lui a paru bon. »