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“l'intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va au ciel, et non comment va le ciel”
Je dirai donc que l'Écriture sainte ne peut jamais mentir ni errer, et que ses déclarations sont d'une vérité absolue et inviolable. Mais il est nécessaire que ceux qui l'interprètent, bien qu'elle soit vraie en elle-même, n'y attachent pas tel ou tel sens qu'il faudrait ensuite, à quelque prix que ce soit, maintenir comme certain. Car, bien que ce soit contre la nature de l'Écriture de se tromper, ce n'est cependant pas contre sa nature d'avoir plusieurs sens sous un seul vocable, de sorte qu'il se peut que sous un même mot elle désigne non pas l'un seul, mais plusieurs sens qui sont tous vrais.
Je crois que l'autorité de la Sainte Écriture n'a eu pour but que de persuader les hommes de ces vérités qui sont nécessaires à leur salut, et qui, dépassant toute raison humaine, ne pourraient être rendues croyables par aucune autre science que la voix même du Saint-Esprit. Mais je ne crois pas que ce même Dieu, qui nous a donné les sens, la raison et l'intellect, ait voulu que nous leur fissions abandonner leur usage, pour nous contenter de ce que d'autres nous apprendraient sur des choses dont nous pourrions faire l'examen, au moyen des facultés qu'il nous a conférées. C'est pourquoi les conclusions que l'on démontre dans les sciences de la nature doivent d'abord nous être présentées par nos propres sens ou par de nécessaires démonstrations, et ce n'est que dans ce cas qu'il faudra nous en servir pour examiner les passages de l'Écriture qui paraissent en dire autrement.
Deux vérités ne peuvent se contredire. C'est pourquoi, si l'on rencontre dans l'Écriture quelque affirmation qui, d'après l'apparence des mots, contredise une démonstration faite avec certitude par nos sens ou par des raisons nécessaires, il n'en faudra nullement conclure que la démonstration est fausse, mais bien que le sens de ces paroles est autre que celui qui nous en paraît d'abord. Dieu nous a révélé dans les Écritures ce qu'il est nécessaire que nous sachions et que dépassant nos forces, notre raison ne pourrait acquérir par ses moyens naturels ; il ne s'ensuit pas qu'il faille interdire ce que notre sens et notre intellect démontrent, ni, grâce à une interprétation littérale des mots, mettre en doute ce que nos sens nous montrent et ce que notre intelligence démontre.
La nature, en effet, est dans ses œuvres si admirablement constituée, et la législation divine l'a si bien réglée, qu'elle ne transgresse jamais les lois qui lui ont été prescrites ; elle oublie plutôt, comme le peintre fidèle d'une grande image, les règles draconiennes par lesquelles il faut transcrire les figures des choses, et elle se contente de les imiter fidèlement. C'est que la nature est inébranlable et immuable dans ses actions ; elle ne franchit jamais les limites que Dieu lui a imposées, et elle ne se soucie nullement que ses causes cachées et ses modes d'opérer soient accessibles aux hommes ou bien leur soient expliqués par les mots. Car ce livre, je veux dire la nature, est écrit dans une autre langue que celle des lettres. Nous savons que dans les œuvres humaines, l'appréciation du maître peut différer de celle de l'ouvrier ; mais Dieu, qui est le souverain législateur de la nature, entend ce livre mieux que nous, et il est clair que ses décrets s'accomplissent toujours avec la plus grande perfection.
On peut répondre d'une autre manière à l'objection que l'on tire des miracles opérés par le Seigneur : que si tous les effets de la nature dépendaient d'elle, et si elle les produisait sans l'intervention de la Divine Providence, il s'ensuivrait peut-être de l'immuabilité de ses lois que Dieu ne pourrait faire de miracles. Mais parce qu'il est vrai que Dieu gouverne les actions de la nature et lui donne ses décrets, et que la nature seconde et exécute fidèlement et invariablement les ordres de Dieu, il ne faut pas se scandaliser si, quelquefois, Dieu fait des choses qui seraient contraires à l'ordre commun de la nature, ni conclure de là que la nature est sujette à varier dans ses actions constantes, ni chercher dans les Écritures des témoignages pour soutenir ou pour réfuter les conclusions que la raison démontre d'abord.
Il me semble que le discours naturel, d'une part, et la Sainte Écriture, d'autre part, ont pour ainsi dire, le premier des deux, la fin de tenir le langage le plus absolument conforme aux réalités physiques, et l'autre, celui qui convient le mieux aux capacités de la commune intelligence des gens. L'Écriture sainte, bien que portée par l'Esprit divin, se propose de parler selon l'apparence ordinaire des hommes, qui ont coutume de juger par les sens ; car elle n'a d'autre but que de rendre intelligibles et saisissables par le commun peuple les choses nécessaires au salut. Et c'est pourquoi l'intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va au ciel, et non comment va le ciel : ni comment il s'est fait, ni comment il se meut, ni quelles sont ses figures et ses positions.
Enfin, je ne puis m'empêcher de faire remarquer que les défauts qui se rencontrent dans les écrivains sacrés ne proviennent pas de l'Écriture elle-même, qui est infaillible, mais de ses interprètes, qui, portés par la passion et par la vanité de paraître plus savants que le commun des hommes, donnent à ces textes des sens que leurs auteurs n'ont jamais eus, et qui se trouvent ensuite réfutés par la véritable philosophie. Que chacun donc, avant de statuer sur les choses de la nature, écoute la nature elle-même, qui ne ment point, et sache qu'il est plus honnête de confesser son ignorance que de se hâter d'affirmer ce que l'on ne connaît pas.