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“Ainsi, celui qui possède bien ces connaissances pourra, dans une ville, prévoir quelles maladies épidémiques régneront, soit en été, soit en hiver, et aussi quelles affections particulières surviendront à chaque individu par le changement de régime.”
Quiconque veut se livrer à la médecine avec exactitude doit faire ceci : en premier lieu, considérer les saisons de l'année, et ce que chacune d'elles peut faire ; car elles ne se ressemblent point, et diffèrent beaucoup entre elles et dans leurs changements. En second lieu, les vents, chauds et froids, et surtout celui qui est universel, et ensuite ceux qui sont propres à chaque contrée. Il faut aussi considérer les qualités des eaux ; car, de même qu'elles diffèrent par le goût et par le poids, de même elles diffèrent beaucoup par leur influence. En conséquence, lorsqu'on arrive dans une ville dont on ne connaît pas encore la situation, il faut examiner avec soin la position de cette ville relativement aux vents et au lever du soleil ; car l'influence n'est pas la même selon qu'elle est exposée au nord ou au midi, au levant ou au couchant. Il faut encore considérer les eaux, si on use d'eaux marécageuses et molles, ou dures et provenant de lieux élevés et de rochers, ou salées et crues. Le sol aussi, s'il est nu et sec, ou couvert de bois et humide ; s'il est creux et étouffé, ou élevé et froid. Le genre de vie des habitants, s'ils aiment à boire et à manger, et s'ils sont adonnés à la paresse, ou s'ils aiment le travail et l'exercice, et s'ils sont sobres et laborieux.
Telles sont les considérations par lesquelles il faut commencer. Ensuite, pour chaque maladie, on examinera les saisons, les âges, les tempéraments, les habitudes, et tout ce qui peut modifier l'état du malade. Car c'est de là que dépend le jugement du pronostic, et le succès du traitement.
Ainsi, celui qui possède bien ces connaissances pourra, dans une ville, prévoir quelles maladies épidémiques régneront, soit en été, soit en hiver, et aussi quelles affections particulières surviendront à chaque individu par le changement de régime. Car sachant les changements des saisons, le lever et le coucher des astres, et comment chacun de ces phénomènes a lieu, il connaîtra d'avance ce qui doit arriver pour chaque année. Ainsi, avec cette prévoyance, il saura ce qu'il faut prescrire, et ne sera pas trompé dans ses espérances, s'il a bien saisi le moment critique. Mais pour ceux qui ne possèdent pas ces connaissances, il est impossible de juger sainement de ces choses, et il leur arrivera souvent de se tromper.
Quant aux eaux, il faut considérer celles qui sont stagnantes et croupies, et celles qui sont vives et courantes. Les eaux croupies sont lourdes, épaisses, et causent des obstructions ; les eaux vives sont légères et faciles à digérer. Les eaux de pluie sont les meilleures, car elles sont légères, douces et subtiles ; mais elles se corrompent promptement. Les eaux de source diffèrent selon la nature du terrain ; celles qui viennent de rochers sont dures et froides ; celles qui viennent de terre argileuse sont troubles et pesantes. Il faut aussi examiner si les eaux sont salées, car elles sont mauvaises pour l'estomac. Les eaux chaudes sont molles et relâchantes ; les eaux froides sont astringentes et fortifiantes.
Les vents aussi ont une grande influence : le vent du nord resserre le corps et le rend plus sec ; le vent du midi l'amollit et l'humecte. Le vent du levant est salutaire ; celui du couchant est nuisible, parce qu'il est variable et chargé d'humidité. Les saisons, également, modifient l'état du corps : au printemps, le corps est plus dispos aux purgations ; en été, il est plus sujet aux fièvres ; en automne, aux dysenteries ; en hiver, aux catarrhes. C'est pourquoi le médecin doit observer toutes ces choses avec soin, et régler son traitement selon les circonstances.
De plus, les âges : les enfants sont sujets aux maladies aiguës ; les jeunes gens, aux fièvres et aux inflammations ; les hommes faits, aux maladies chroniques ; les vieillards, aux catarrhes et aux paralysies. Les tempéraments aussi : les bilieux sont secs et chauds ; les flegmatiques, humides et froids ; les sanguins, chauds et humides ; les mélancoliques, froids et secs. Chaque tempérament a ses maladies propres. Ainsi, le médecin qui connaît tout cela pourra juger de l'état présent et prédire l'avenir, et il sera estimé comme un véritable praticien.
Il faut donc que le médecin soit attentif à tous ces signes, et qu'il ne néglige aucune observation. Car la nature des maladies se manifeste par les saisons, les eaux, les vents et le genre de vie. Celui qui sait lire ces indices aura une connaissance plus certaine de l'art médical. Et il ne faut pas croire que la médecine soit une science conjecturale ; elle est fondée sur des principes certains, déduits de l'expérience et de la raison. Ainsi, celui qui voudra pratiquer la médecine avec succès devra étudier ces choses dès le commencement.