Extrait de l’anthologie publique

Hippocrate · Des airs, des eaux et des lieux · Des airs, des eaux et des lieux, sections 1-3 (traduction Littré)

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“Quiconque veut étudier convenablement la médecine, doit faire ceci : considérer d’abord les saisons de l’année, et quel effet chacune produit ; car elles ne se ressemblent point, et elles diffèrent beaucoup entre elles, ainsi que dans leurs changements.”

Quiconque veut étudier convenablement la médecine, doit faire ceci : considérer d’abord les saisons de l’année, et quel effet chacune produit ; car elles ne se ressemblent point, et elles diffèrent beaucoup entre elles, ainsi que dans leurs changements. Ensuite les vents, ceux qui sont chauds, ceux qui sont froids, surtout ceux qui sont communs à tous les pays, et ensuite ceux qui sont propres à chaque contrée. Il faut aussi considérer les qualités des eaux ; car, de même qu’elles diffèrent par le goût et par le poids, de même elles diffèrent par leur puissance. Ainsi, en arrivant dans une ville où l’on n’est pas encore allé, il faut examiner la situation de cette ville, comment elle est exposée aux vents et aux levers du soleil ; car l’influence n’est pas la même si elle est exposée au nord, au midi, au levant ou au couchant. Il faut aussi considérer la nature des eaux, si on use d’eaux marécageuses, molles, dures, ou venant de lieux élevés, ou de rochers, ou salées ; et le sol, s’il est nu et sec, ou boisé et humide ; s’il est creux et chaud, ou élevé et froid. De plus, le genre de vie des habitants, s’ils aiment à boire, à manger, et s’ils sont oisifs et adonnés à l’exercice, ou non.

Connaissant ces choses, on ne doit pas ignorer quelles sont les maladies les plus communes et la nature de chaque maladie ; car, dans une ville, il est impossible que les maladies ne soient pas telles que les saisons, les vents, les eaux et le sol les déterminent. Si l’on sait bien ce qui précède, on pourra connaître les maladies les plus fréquentes dans chaque saison, et les plus dangereuses, et d’une manière générale, on ne sera pas embarrassé pour le traitement. Car, on connaît alors les constitutions d’année, et l’on peut prévoir les maladies qui doivent survenir, soit en été, soit en hiver. Si l’on trouve que la saison va être telle ou telle, on peut se préparer au traitement. Mais si l’on ignore ces choses, on ne peut rien prévoir, et on sera souvent trompé. Ainsi, on doit soigneusement étudier la nature des saisons, et surtout les changements brusques, qui sont les plus dangereux. Car, ce qui est le plus important dans la médecine, c’est de connaître les changements des saisons, et les maladies qui en résultent. Ensuite, dans chaque région, il faut examiner les eaux et les vents, et la manière dont les habitants se nourrissent et vivent. Car, les maladies sont différentes selon les pays, et il faut adapter le traitement à ces différences. Ainsi, dans les pays où les eaux sont dures, froides, salées, ou d’une autre nature, les maladies sont différentes de celles qui règnent dans les pays où les eaux sont douces, chaudes, ou de bonne qualité. De même, les vents du nord et du midi produisent des effets différents sur le corps. Les uns amènent des maladies aiguës, les autres des maladies chroniques. Il faut donc observer tout cela avec soin pour bien pratiquer la médecine.

Je vais maintenant exposer ce que j’ai appris sur ces sujets par l’observation et l’expérience. Je commencerai par les saisons, puis je parlerai des vents, ensuite des eaux, et enfin du sol. Car, ce sont les éléments principaux qui déterminent la santé et les maladies. Et je montrerai comment chaque chose agit sur le corps humain, et comment on peut prévenir les maladies en connaissant ces influences. Ainsi, celui qui étudie la médecine selon ces principes ne sera jamais pris au dépourvu, et il pourra soigner les malades avec plus de succès. Car, la médecine ne consiste pas seulement à donner des remèdes, mais à connaître les causes des maladies et à les éviter. C’est pourquoi, je conseille à tous ceux qui veulent devenir de bons médecins de commencer par l’étude de l’air, des eaux et des lieux.