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“C’est la misère sans poésie, une misère économe, concentrée, dont les griffes sont aiguës, mais qui ne chante pas, qui ne rit pas, qui ne pleure pas, qui ne fait pas de bruit, mais qui agace la rate et mine le cœur.”
La maison où s’exploite la pension bourgeoise de madame Vauquer est située dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l’endroit où le terrain s’abaisse vers la rue de l’Arbalète par une pente si brusque et si rapide que les chevaux la montent ou la descendent rarement. Cette circonstance est favorable au silence qui règne dans ces rues serrées entre les coupoles de la Pitié et du Val-de-Grâce, deux monuments qui changent les conditions de l’atmosphère en y répandant des tons jaunes, et en assombrissant les perspectives par le ton sombre de leurs dômes. Le pavé est sec, les ruisseaux n’ont ni boue ni eau ; les murs sont noirs, les maisons sont mornes, et les fenêtres y sont tristes. Enfin la rue est une impasse, et les passants y sont rares ; il y fait froid en été, chaud en hiver, et la nuit, quand la lune éclaire un peu, elle jette une lueur blanchâtre et rare sur les maisons, qui ressemblent à des prisons. Dans ce quartier, les murs ont une couleur de deuil, et les habitants sont tristes comme des prisonniers. C’est la misère sans poésie, une misère économe, concentrée, dont les griffes sont aiguës, mais qui ne chante pas, qui ne rit pas, qui ne pleure pas, qui ne fait pas de bruit, mais qui agace la rate et mine le cœur. Dans cette rue, les boutiques sont presque toutes des marchands de vin, des épiciers, des pharmaciens et des fruitiers, qui vendent leurs denrées à des gens pauvres. La maison de madame Vauquer, une ancienne auberge, est la plus vieille de toutes ces maisons, et elle a un air de tristesse qui n’a rien de commun avec la gaieté des autres. Elle est bâtie en pierre de taille, mais le temps a noirci la pierre, et les fenêtres sont grillées, et les persiennes sont toujours fermées. La porte est basse, et la sonnette est une cloche fêlée qui rend un son lugubre. En entrant, on se trouve dans une grande salle basse, éclairée par deux fenêtres grillées, et dont le carreau est peint en rouge, mais la couleur est effacée par l’usage. Cette salle est meublée d’une table de noyer, d’une armoire de noyer, d’un buffet de noyer, et de quelques chaises de paille. Le plafond est bas, et les murs sont peints en vert, mais la peinture s’écaille. C’est là que madame Vauquer reçoit ses pensionnaires, et c’est là qu’ils mangent. La cuisine est à côté, et elle est petite, mais elle est propre. Le premier étage est occupé par madame Vauquer, et les deux autres étages sont divisés en chambres pour les pensionnaires. La cour est petite, et elle est pavée de briques, et elle est remplie de poules et de lapins, et il y a un puits au milieu. Le jardin est derrière, et il est planté de quelques arbres fruitiers, et il y a une tonnelle. Enfin, c’est une de ces maisons où la vie est monotone, où les jours se ressemblent, où les heures sont longues, et où les visages sont tristes. La pension bourgeoise de madame Vauquer est une de ces institutions qui sont comme une maladie de la société parisienne, et qui sont une des causes de la démoralisation des classes inférieures. C’est là que vivent des gens sans fortune, des étudiants pauvres, des vieillards sans famille, des employés sans avenir, des femmes sans honneur, et des hommes sans conscience. C’est là que le vice et la misère, la vertu et le crime, l’ambition et la bassesse, se coudoient et se mêlent, et c’est là que l’on voit les funestes résultats de la civilisation et de la société. C’est là que le Père Goriot est venu finir ses jours, après avoir été ruiné par ses filles, et c’est là que Rastignac a commencé sa carrière, et c’est là que Vautrin a été arrêté. C’est une maison qui a une histoire, et qui est pleine de souvenirs, et qui est comme un tableau de la vie parisienne. Enfin, c’est la maison Vauquer, une maison qui est célèbre dans les annales de la littérature, et qui est un monument de la misère et de la grandeur de l’homme. Elle est située dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l’endroit où le terrain s’abaisse vers la rue de l’Arbalète, et elle est entourée de maisons plus grandes et plus riches, mais elle est plus humble et plus modeste, et elle est comme une tache dans le quartier. C’est une maison qui a une âme, et qui est comme un être vivant, et qui a une physionomie, et qui est peinte avec des couleurs sombres et tristes. C’est la maison de la douleur, de la résignation, de la patience, et de l’espérance. C’est la maison où l’on souffre, où l’on pleure, où l’on espère, et où l’on meurt. C’est la maison Vauquer, une maison qui est le symbole de la vie, et qui est le refuge des pauvres, des abandonnés, des déshérités, et des désespérés. C’est la maison que Balzac a décrite avec tant de vérité et de talent, et qui est une des plus belles pages de la littérature française. Elle est peinte avec des mots qui sont comme des couleurs, et elle est vivante et palpable, et elle est un des chefs-d’œuvre de la prose française. C’est la maison Vauquer, une maison qui est un monde, et qui est un roman, et qui est un poème.