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“Le froid les saisit, et en un moment ils furent couverts d’une couche de glace.”
« — À nous ! » cria Andréoli.
« La nacelle touchait l’eau, et les flots leur couvraient la poitrine !
« — À la mer les instruments, les vêtements, l’argent ! »
« Les aéronautes se dépouillèrent entièrement. Le ballon délesté s’enleva avec une rapidité effroyable. Zambecarri fut pris d’un vomissement considérable. Grossetti saigna abondamment. Les malheureux ne pouvaient parler, tant leur respiration était courte. Le froid les saisit, et en un moment ils furent couverts d’une couche de glace. La lune leur parut rouge comme du sang.
« Après avoir parcouru ces hautes régions pendant une demi-heure, la machine retomba dans la mer. Il était quatre heures du matin. Les naufragés avaient la moitié du corps dans l’eau, et le ballon, faisant voile, les traîna pendant plusieurs heures.
« Au point du jour, ils se trouvèrent vis-à-vis de Pesaro, à quatre milles de la côte. Ils y allaient aborder, quand un coup de vent les rejeta en pleine mer.
Son ballon s’accrocha à un arbre et sa lampe y mit le feu. (p. 120).
Ils étaient perdus ! Les barques épouvantées fuyaient à leur approche !… Heureusement, un navigateur plus instruit les accosta, les hissa à bord, et ils débarquèrent à Ferrada.
« Voyage effrayant, n’est-ce pas ? Mais Zambecarri était un homme énergique et brave. À peine remis de ses souffrances, il recommença ses ascensions. Pendant l’une d’elles, il se heurta contre un arbre, sa lampe à esprit-de-vin se répandit sur ses vêtements ; il fut couvert de feu, et sa machine commençait à s’embraser, quand il put redescendre à demi brûlé !
« Enfin, le 21 septembre 1812, il fit une autre ascension à Bologne. Son ballon s’accrocha à un arbre, et sa lampe y mit encore le feu. Zambecarri tomba et se tua !
Le fou avait disparu dans l’espace ! (p. 122).
« Et en présence de ces faits, nous hésiterions encore ! Non ! Plus nous irons haut, plus la mort sera glorieuse ! »
Le ballon entièrement délesté de tous les objets qu’il contenait, nous fûmes emportés à des hauteurs inappréciables ! L’aérostat vibrait dans l’atmosphère. Le moindre bruit faisait éclater les voûtes célestes. Notre globe, le seul objet qui frappât ma vue dans l’immensité, semblait prêt à s’anéantir, et, au-dessus de nous, les hauteurs du ciel étoilé se perdaient dans les ténèbres profondes !
Je vis l’individu se dresser devant moi !
« Voici l’heure ! me dit-il. Il faut mourir ! Nous sommes rejetés par les hommes ! Ils nous méprisent ! Écrasons-les !
— Grâce ! fis-je.
— Coupons ces cordes ! Que cette nacelle soit abandonnée dans l’espace ! La force attractive changera de direction, et nous aborderons au soleil ! »
Le désespoir me galvanisa. Je me précipitai sur le fou, nous nous prîmes corps à corps, et une lutte effroyable se passa ! Mais je fus terrassé, et tandis qu’il me maintenait sous son genou, le fou coupait les cordes de la nacelle.
« Une !… fit-il.
— Mon Dieu !…
— Deux !… trois !… »
Je fis un effort surhumain, je me redressai et repoussai violemment l’insensé !
« Quatre ! » dit-il.
La nacelle tomba, mais, instinctivement, je me cramponnai aux cordages et je me hissai dans les mailles du filet.
Le fou avait disparu dans l’espace !
Le ballon fût enlevé à une hauteur incommensurable ! Un horrible craquement se fit entendre !… Le gaz, trop dilaté, avait crevé l’enveloppe ! Je fermai les yeux…
Quelques instants après, une chaleur humide me ranima. J’étais au milieu de nuages en feu. Le ballon tournoyait avec un vertige effrayant. Pris par le vent, il faisait cent lieues à l’heure dans sa course horizontale, et les éclairs se croisaient autour de lui.
Cependant, ma chute n’était pas très-rapide. Quand je rouvris les yeux, j’aperçus la campagne. J’étais à deux milles de la mer, et l’ouragan m’y poussait avec force, quand une secousse brusque me fit lâcher prise. Mes mains s’ouvrirent, une corde glissa rapidement entre mes doigts, et je me trouvai à terre !