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“L’électricité, monsieur le professeur, est la grande force qui mettra un jour la terre en mouvement.”
Monsieur le professeur, me dit le capitaine, savez-vous quelle est la puissance de l’électricité ? »
« Je l’ignore, répondis-je, surpris de cette question.
— Eh bien, reprit-il, vous allez le savoir. L’électricité, monsieur le professeur, est la grande force qui mettra un jour la terre en mouvement. Elle est la vie même de l’univers. Voyez : tout ce que vous voyez ici, cette lumière, cette chaleur, cette force motrice, c’est elle qui le produit. Elle est pour moi la source de toutes les énergies.
Et en parlant ainsi, il toucha un bouton. Un appareil placé dans un coin du salon se mit en mouvement. C’était un piano électrique, dont les touches, sous la pression des doigts du capitaine, donnaient des sons d’une pureté merveilleuse.
« Vous le voyez, me dit-il, je puis jouer de la musique avec l’électricité. Mais ce n’est pas tout. L’électricité me sert à me chauffer, à m’éclairer, à mouvoir mes machines. Elle est l’âme de mon Nautilus. »
Je l’écoutais avec un intérêt profond. « Capitaine, lui dis-je, vous êtes donc parvenu à utiliser l’électricité d’une façon absolue ?
— Absolue, monsieur le professeur, et je la tire d’une source inépuisable. Je puise l’électricité dans la mer elle-même.
— Dans la mer ?
— Oui, monsieur le professeur. L’eau de mer est un composé de chlore et de sodium. Je décompose l’eau de mer par l’électricité, et j’obtiens le chlore et le sodium. Le sodium, surtout, est un métal précieux pour ma machine. Il sert à produire l’électricité. Je n’ai donc besoin que de l’eau de mer pour alimenter mes piles.
— Mais, capitaine, lui dis-je, le sodium s’use, il faut le renouveler.
— Je le renouvelle, monsieur le professeur. Je fabrique moi-même le sodium dont j’ai besoin. Je prends du sel marin, je le décompose, et j’obtiens du sodium.
— Et vous ne craignez pas que le sodium, en brûlant, ne produise des explosions ?
— Non, monsieur le professeur, car je l’emploie dans des conditions telles qu’il ne peut ni brûler ni exploser. D’ailleurs, toute ma machine est installée avec une sécurité parfaite.
Je ne pouvais m’empêcher d’admirer la science du capitaine Nemo. « Mais, lui dis-je, l’électricité que vous produisez, vous l’employez aussi à autre chose qu’à éclairer et à chauffer ?
— Sans doute, me répondit-il. Elle me sert à mouvoir tout le mécanisme du Nautilus. Tenez, regardez ce tableau de bord. »
Il me montra une série de manettes, de leviers, de cadrans. « Ici, dit-il, je commande la direction, la vitesse, la plongée. Tout est électrique. Avec un simple mouvement de la main, je fais varier l’allure, je monte ou je descends. L’électricité est mon esclave fidèle.
« Et quelle est la vitesse que vous pouvez atteindre ? demandai-je.
— Cinquante lieues à l’heure, monsieur le professeur. »
Je le regardai avec étonnement. « Cinquante lieues à l’heure ! Mais c’est prodigieux !
— Oui, monsieur le professeur, et je puis la maintenir pendant des heures sans fatigue. Le Nautilus est un merveilleux instrument de locomotion. Il se meut avec une rapidité que rien n’égale.
« Mais, lui dis-je, vous avez besoin de l’air pour respirer, vous et votre équipage. Comment faites-vous pour renouveler l’air à bord ?
— Je remonte à la surface de la mer, et je fais aspirer de l’air frais par des pompes. Mais je puis aussi rester sous l’eau pendant plusieurs jours sans renouveler l’air, car j’ai des réserves d’air comprimé.
« Capitaine, lui dis-je, vous avez vraiment réalisé des merveilles. L’électricité vous a permis de dominer la mer.
— Oui, monsieur le professeur, je suis le maître de la mer. Elle m’appartient. Elle m’a donné la puissance, la liberté, la vie. »
Il parlait avec une sorte d’enthousiasme, et je sentais qu’il était sincère. « Mais, lui dis-je, vous ne craignez pas que l’électricité, si puissante qu’elle soit, ne vous trahisse un jour ?
— Non, monsieur le professeur, car je la connais bien. Je l’ai étudiée, domptée, utilisée. Elle est à moi comme la lumière est au soleil. »
Je le remerciai de ses explications, et je sortis du salon, plein d’admiration pour ce génie étrange qui avait su faire de l’électricité son serviteur.