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“Combien de ceux avec qui je suis entré dans le monde en sont déjà partis !”
Quand tu veux te ménager quelque joie, tu n’as qu’à songer aux qualités éminentes de ceux qui vivent avec toi, à l’activité de l’un, à la modestie de l’autre ; à la générosité d’un troisième, et à tant d’autres perfections que plusieurs possèdent. Il n’est pas de plus grand plaisir que de contempler ces images de la vertu, brillant dans le caractère ou la conduite de nos amis, multipliées et se répétant aussi souvent qu’il le faut. C’est ainsi qu’on peut les avoir présentes à l’esprit toutes les fois qu’on le veut.
Est-ce que tu t’affliges de ne peser que tant de livres et de n’en point peser trois cents ? Ne t’afflige donc pas non plus de n’avoir à vivre que tant d’années et non davantage. Et de même que tu te contentes du poids qui a été assigné à ton corps, de même aussi sache te contenter du temps qui t’est accordé.
Efforçons-nous de persuader les gens ; mais, s’ils ne t’écoutent pas, n’en agis pas moins selon les lois de la justice, qui doit seule te conduire. Que si quelqu’un arrête ton action en t’opposant la force, tâche alors de bien prendre la chose et de ne pas t’en chagriner. Que l’obstacle même qui te gêne soit l’occasion pour toi de t’exercer à une autre vertu. Souviens-toi que ton désir ne pouvait être que conditionnel, et que tu ne peux désirer rien d’impossible. Que voulais-tu donc en effet ? Rien que de former en toi ce même désir ; or, tu as atteint ce but ; et ainsi le résultat que nous poursuivions est obtenu.
Quand on aime la gloire, on fait consister son propre bien dans l’acte d’autrui ; quand on aime son plaisir, on place son bien dans sa satisfaction propre ; mais, si l’on est vraiment intelligent, on ne place jamais son bien que dans l’acte qu’on accomplit soi-même
Il m’est possible de m’abstenir de tout jugement sur une chose, et de faire qu’elle ne trouble point mon âme ; car les choses ne sont pas par elles-mêmes de nature à pouvoir former nos jugements.
Accoutume-toi à écouter sans distraction intérieure ce qu’un autre te dit ; et, autant qu’il est possible, entre dans la pensée de la personne qui te parle.
Ce qui n’est pas utile à l’essaim ne peut pas non plus être utile à l’abeille.
Si les passagers injuriaient le pilote, si les malades injuriaient le médecin qui les soigne, pourraient-ils avoir une autre intention que de pousser le pilote à sauver l’équipage, ou le médecin à guérir ses malades ?
Combien de ceux avec qui je suis entré dans le monde en sont déjà partis !
Quand on a la jaunisse, le miel paraît amer ; l’homme qu’a mordu un chien enragé a horreur de l’eau ; les enfants trouvent que leur balle est la plus belle du monde. Pourquoi donc est-ce que je m’emporte ? Crois-tu qu’une idée fausse agisse moins vivement sur les esprits que la bile sur le malade atteint de la jaunisse, ou que le virus, sur le malade atteint de la rage ?
Personne au monde ne peut t’empêcher de vivre selon la loi raisonnable de ta nature propre ; et rien ne peut t’arriver jamais contre la loi de la commune nature.
Qu’est-ce que sont les gens auxquels on s’efforce de plaire ! Et pour quels résultats ! Et par quels moyens ! Avec quelle rapidité le temps effacera tout cela ! Et combien de choses n’a-t-il pas déjà effacées !