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“Tout être doué de raison possède à peu près toutes les facultés que possède la nature universelle des êtres raisonnables.”
Efface les impressions sensibles en te disant toujours : « Je puis, dans le cas présent où je me trouve, empêcher que cette âme ne soit altérée par aucun vice, par aucune passion, en un mot, par aucun trouble quel qu’il soit. Mais voyant les choses toujours comme elles sont, j’en use selon leur valeur respective. » N’oublie jamais que tu jouis de cette puissance supérieure, qui est d’ailleurs si conforme à la nature.
Parler, soit dans le Sénat, soit à une personne quelle qu’elle puisse être, avec douceur et sans éclat de voix ; avoir un langage parfaitement sain et mesuré.
Vois la cour d’Auguste, sa femme, sa fille, ses ascendants, ses descendants, sa sœur, Agrippa, ses parents, ses familiers, ses amis, Aréus, Mécène, ses médecins, ses sacrificateurs ; toute cette cour est morte. Passe à d’autres, si tu le veux, et ne te borne pas à considérer la fin d’un seul individu ; regarde la fin de tous les membres d’une famille, de la famille de Pompée par exemple. Puis, souviens-toi de cette inscription qu’on lit sur tant de tombeaux : « Ci-gît le dernier de sa race. » Rappelle-toi alors que de peines s’étaient données leurs ancêtres pour s’assurer un héritier après eux. Mais c’est une nécessité inévitable qu’il y ait enfin un dernier ; et voilà la mort de la race tout entière.
Il faut ordonner toutes les actions de ta vie une à une ; et si chacune d’elles produit, autant que possible, tout ce qu’elle doit produire essentiellement, sache t’en contenter ; personne au monde ne peut t’empêcher de faire tout ce que tu peux pour qu’elle produise son effet. — Mais un obstacle extérieur s’y opposera. — Non pas ; rien ne peut faire que tu n’y aies point apporté justice, prudence, réflexion. — Mais peut-être une autre cause non moins puissante annulera toute mon action. — Pas davantage ; car, en sachant prendre aussi cet obstacle comme il convient de le prendre, en acceptant de bon cœur les circonstances données, tu substitues aussitôt une action nouvelle à la première, et tu trouves un aide énergique pour la disposition que je viens de te recommander.
Recevoir les choses sans vain orgueil ; et les perdre sans y faire aucune difficulté.
Si jamais tu as eu l’occasion de voir une main, un pied, ou une tête coupés, et qui gisaient séparés du reste du corps, tu peux te dire que c’est là une image de ce que fait l’homme, pour lui-même, du moins autant qu’il le peut, quand il n’accepte pas de bon gré le destin qui lui est réparti, qu’il s’isole volontairement, ou qu’il commet un acte contraire à la loi commune. Tu t’es rejeté hors de cette union, qui était cependant conforme à la nature ; d’abord, tu avais été une partie de l’ensemble ; et voilà que maintenant tu t’en es toi-même retranché. Mais ce qu’il y a d’admirable en ceci, c’est qu’il t’est permis de te rattacher de nouveau à l’union que tu as quittée ; c’est là une faveur que Dieu n’a accordée à aucune autre partie quelconque, qui ne saurait revenir à son tout, une fois qu’elle en a été séparée et coupée. Mais vois l’immense avantage et l’honneur dont Dieu a gratifié l’homme. Il l’a d’abord laissé libre de ne pas briser l’union par son initiative individuelle ; et en second lieu, il lui a donné de pouvoir revenir, même après qu’il a rompu l’union de son plein gré, de s’y rattacher encore, et d’y reprendre, comme partie du tout, la place qu’il y occupait précédemment.
Tout être doué de raison possède à peu près toutes les facultés que possède la nature universelle des êtres raisonnables. Mais voici une faculté qu’elle nous a plus spécialement départie : c’est que, de même que la nature de l’univers sait arranger et soumettre au destin commun tout ce qui lui fait opposition et résistance, de même aussi l’être qui a la raison en partage peut toujours, dans l’obstacle qu’il rencontre, trouver matière à son activité, et tourner cet obstacle même à l’accomplissement de son premier dessein.