Extrait de l’anthologie publique

Marc Aurèle · Pensées pour moi-même · Livre VII, § 30-47

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“Ne pas se lamenter avec les autres hommes, ne pas palpiter comme eux.”

Prêter toute son attention à ce qu’on nous dit ; et faire pénétrer son intelligence dans les faits réels et dans les causes qui les produisent.

Sur la mort. Si c’est une dispersion des éléments de notre être, c’est, ou résolution en atomes, ou anéantissement, ou extinction, ou transformation.

Sur la douleur. Si elle est intolérable, elle nous fait sortir de la vie ; si elle dure, c’est qu’on peut la supporter. Notre pensée, concentrée en elle-même, conserve néanmoins toute sa tranquillité ; et le principe souverain qui nous gouverne n’en est pas altéré ; c’est seulement aux parties de notre être affectées par la douleur de nous dire, si elles le peuvent, ce qu’elles éprouvent.

Sur l’opinion. Considère un peu ce que sont les esprits des hommes, ce qu’ils fuient, ce qu’ils recherchent ; et dis-toi bien que, de même que les dunes de sable en s’amoncelant font disparaître celles qui s’étaient formées d’abord, de même, dans la vie, les événements antérieurs s’effacent aussi en un instant, sous les événements qui ne cessent de s’accumuler après eux.

Extrait de Platon :

« Mais crois-tu que celui dont la pensée est pleine de grandeur, et qui contemple tous les temps et tous les êtres, puisse regarder la vie qu’on passe ici-bas comme quelque chose de bien important ?

« — C’est impossible.

« — Ainsi la mort ne devra pas lui paraître à craindre ?

« — Non. »

Sentence d’Antisthène :

« Quand on fait le bien, c’est chose vraiment royale de s’entendre calomnier. »

Il est assez honteux que notre visage nous obéisse docilement, qu’il prenne l’air que nous lui donnons, qu’il réponde si bien aux ordres de notre volonté, et que notre volonté sache si peu s’obéir à elle-même et se composer à son gré.

« À quoi bon s’emporter jamais contre les choses,

Qui ne font aucun cas de notre vain courroux ? »

« Donne-nous le plaisir, aux Dieux ainsi qu’à nous. »

« Nos jours sont moissonnés ainsi que des épis,

Dont l’un est déjà mûr quand l’autre est vert à peine ».

« Si les Dieux m’ont frappé, mes deux enfants et moi,

C’est qu’ils ont leur raison pour cette rude loi. »

« Le bien et la justice ont pris parti pour moi. »

Ne pas se lamenter avec les autres hommes, ne pas palpiter comme eux.

Extraits de Platon : « Je puis répondre avec raison à qui me ferait cette objection : Vous êtes dans l’erreur si vous croyez qu’un homme, qui vaut quelque chose, doit considérer les chances de la vie ou de la mort, au lieu de chercher seulement dans toutes ses démarches si ce qu’il fait est juste ou injuste, et si c’est l’action d’un homme de bien ou d’un méchant. »

« Et en effet, Athéniens, c’est ainsi qu’il en doit être. Tout homme qui a choisi un poste parce qu’il le jugeait le plus honorable, ou qui y a été placé par son chef, doit, à mon avis, y demeurer ferme et ne considérer ni la mort, ni le péril, ni rien autre chose que l’honneur. »

« Mon cher, prends bien garde qu’être vertueux et bon ne soit autre chose que se tirer d’affaire, soi et les autres. Vois si celui qui est vraiment homme ne doit point négliger le plus ou moins de temps qu’il pourra vivre, et se montrer peu amoureux de l’existence, et s’il ne faut pas, laissant à Dieu le soin de tout cela, et ajoutant foi à ce que disent les femmes, que personne n’a jamais échappé à son heure fatale, s’occuper de quelle manière on s’y prendra pour passer le mieux qu’il est possible le temps qu’on a à vivre. »

Étudier le cours des astres, en se disant qu’on est emporté avec eux dans leur cercle, et penser souvent aux permutations des éléments les uns dans les autres. Des considérations de cet ordre purifient la vie terrestre de ses souillures.