5 min de lecture
“Ou le monde est un chaos, un pêle-mêle, une infinie dispersion ; ou il y a en lui, unité, ordre, providence.”
La substance de l’univers est docile et maniable. L’intelligence qui la gouverne ne peut trouver en soi aucun motif de mal faire, attendu qu’elle n’a aucun vice qui l’y pousse ; elle ne fait rien d’une façon mauvaise ; et rien ne peut éprouver d’elle le moindre dommage, puisque c’est grâce à elle que toute chose se produit ou s’achève.
Ne t’inquiète pas de savoir si tu as chaud, ou froid, quand tu fais ce que tu dois ; si tu as besoin de sommeil, ou si tu as suffisamment dormi ; si l’on te blâme, ou si l’on te loue ; si tu t’exposes à la mort, ou à toute autre épreuve ; car le fait même de mourir n’est qu’une des fonctions de la vie ; et, dans ce cas comme dans tous les autres, il suffit que tu disposes bien du moment où tu es.
Regarde le dedans des choses ; et ne te laisse jamais abuser, ni sur leur qualité, ni sur leur mérite.
Toutes les choses de ce monde sont sujettes aux plus rapides changements. Ou elles s’évaporent, si leur substance est uniforme ; ou elles se dissolvent en éléments divers.
L’intelligence qui régit l’univers connaît les conditions où elle opère, les choses qu’elle fait, et la matière sur laquelle elle agit.
Le meilleur moyen de se défendre contre eux, c’est de ne pas leur ressembler.
Que ton seul plaisir, que ton unique délassement soit de passer, en te souvenant toujours de Dieu, d’un acte d’utilité générale et commune à un autre acte qui soit également utile à la communauté.
Le principe intelligent qui nous gouverne est le principe qui se donne comme il veut l’éveil et le mouvement, qui se fait lui-même ce qu’il est et ce qu’il veut être, et qui fait aussi que tous les événements de la vie lui apparaissent sous les couleurs qu’il veut leur donner.
Tout s’accomplit conformément aux lois de la nature universelle, et non pas suivant une autre nature qui envelopperait celle-là extérieurement, ou qui serait renfermée au dedans d’elle, ou qui serait suspendue en dehors d’elle.
Ou le monde est un chaos, un pêle-mêle, une infinie dispersion ; ou il y a en lui, unité, ordre, providence. Dans le premier cas, comment puis-je désirer de rester dans cette confusion pitoyable, dans cet affreux cloaque ? À quoi puis-je songer si ce n’est à savoir comment un jour je deviendrai cendre et poussière ? Pourquoi donc irais-je me troubler ? Car j’aurai beau faire ; la dispersion finira bien par m’atteindre moi-même. Dans le second cas, j’adore ; et je m’assure, en mettant ma ferme confiance dans l’être qui ordonne tout.
Quand, par suite de circonstances inévitables, tu te sens profondément troublé, reviens à toi le plus vite que tu peux, et ne reste hors de mesure que le temps absolument nécessaire ; tu seras plus certain de retrouver l’équilibre et l’harmonie, en t’efforçant sans cesse d’y revenir.
Entre ta belle-mère et ta mère, si tu les possèdes toutes deux à la fois, tu n’hésites pas ; tu as des soins pour la première ; mais c’est cependant à ta mère que ton cœur revient sans cesse. Eh bien ! c’est là ce que sont pour toi la cour et la philosophie. Reviens souvent à la dernière ; et cherches-y ton repos ; car c’est elle qui te rend supportable ce que tu vois à la cour, et c’est elle aussi qui est cause que tu t’y fais supporter toi-même.
Quand on veut se faire une juste idée des mets et des plats qu’on a devant soi, on se dit : « Ceci est le corps d’un poisson ; ceci est le corps d’un oiseau ou d’un porc. Ou bien encore, on se dit : Le Falerne est le jus du raisin ; cette robe de pourpre est la laine d’un mouton, teinte avec la couleur sanguine d’un coquillage. » Quand on veut définir les plaisirs du sexe, on dit que c’est une excitation de l’organe suivie d’une excrétion et d’une sorte de spasme. Voilà les idées qu’on se forme de tous ces faits, en suivant à la trace les réalités mêmes, et en les observant à fond pour savoir au juste ce qu’elles sont en soi. C’est avec la même franchise qu’il faut agir durant toute sa vie. Pour toutes les choses qui nous semblent dignes de notre attention et de notre confiance, il faut les mettre à nu, et les considérer dans toute leur simplicité et leur faiblesse, en les dépouillant du prestige vain dont les entoure tout ce qu’on en dit. Ce faste orgueilleux est un imposteur bien dangereux ; et le piège est d’autant plus redoutable que les objets paraissent davantage mériter notre recherche. Enfin rappelle-toi ce que Cratès dit de Xénocrate lui-même.