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“Comme tu n’es toi-même qu’un complément du système entier que la cité compose, de même il faut aussi que chacun de tes actes tende à compléter la vie de la cité.”
Comme tu n’es toi-même qu’un complément du système entier que la cité compose, de même il faut aussi que chacun de tes actes tende à compléter la vie de la cité. Si donc une quelconque de tes actions n’a pas un rapport, soit direct, soit éloigné, avec le but commun de la société, cette action brise ta vie sociale, et en rompt l’unité ; elle est factieuse, au même titre qu’est factieux le citoyen qui, pour sa part personnelle, s’écarte de l’harmonie qui ressemble à celle-là et qui est si nécessaire au peuple.
Fureurs d’enfants, jeux puérils, pauvres âmes chargées des cadavres qu’elles portent, toutes choses qui jettent une plus vive lumière sur l’Évocation des morts dans l’Odyssée.
Remonte jusqu’à la qualité essentielle de la cause, et, l’isolant de tout élément matériel, considère-la en elle-même. Tâche de la même manière d’isoler le temps, et calcule combien doit durer tout au plus cette qualité particulière que tu as distinguée.
Tu as beaucoup souffert dans la vie, parce que tu ne t’es pas borné à faire faire à ta raison ce que sa constitution lui permet ; mais sans doute la leçon t’a suffi.
Si les gens te critiquent, s’ils te détestent, s’ils t’accablent de leurs clameurs et de leurs outrages, va droit à leurs âmes, pénètres-y et regarde ce qu’ils sont. Tu verras bien vite que tu n’as guère à te tourmenter de l’opinion que de telles gens peuvent avoir de toi. Il faut néanmoins conserver ta bienveillance envers eux ; car la nature veut que vous vous aimiez. Les Dieux mêmes leur viennent en aide de cent manières par les songes, et par la divination, afin qu’ils acquièrent précisément tout ce qui fait l’objet de leurs vœux.
Les choses de ce monde roulent toujours, en haut, en bas, dans le même cercle, qu’elles parcourent perpétuellement d’âge en âge. Ou bien, l’intelligence universelle s’occupe de chacune d’elles spécialement ; et alors, si cela est, tu dois adorer ce qu’elle a réglé elle-même ; ou bien, elle s’est contentée de donner une première impulsion, à laquelle toutes choses obéissent les unes à la suite des autres ; ou bien enfin, il n’y a que des atomes, c’est-à-dire des indivisibles. En un mot, Dieu existe, et dès lors tout est bien. Si tout va au hasard, toi du moins tu n’y es pas soumis. Bientôt la terre nous aura tous cachés dans son sein ; puis, elle-même changera comme nous ; ce qui succédera changera encore à l’infini, et ce changement sera éternel. Aussi, en considérant ces flots accumulés de révolutions et la rapidité de ces vicissitudes incessantes, on se sentira pris, pour tout ce qui est mortel, d’un bien profond dédain.
La cause universelle est un torrent qui entraîne toutes choses. Aussi, qu’ils sont naïfs même ces prétendus hommes d’État qui s’imaginent régler par la philosophie la pratique des affaires ! Ce sont des enfants qui ont encore la morve au nez. Ô homme, que te faut-il donc ? Borne-toi à faire ce que présentement la nature exige. Agis, puisque tu le peux ; et ne t’inquiète pas de savoir si quelqu’un regarde ce que tu fais. Ne va pas espérer non plus la République de Platon ; mais sache te contenter du plus léger progrès ; et si tu réussis, ne crois pas avoir gagné si peu de chose. Qui peut en effet changer l’esprit des hommes ? Et tant qu’on ne parvient pas à modifier les cœurs et les opinions, qu’obtient-on, si ce n’est l’obéissance d’esclaves, qui gémissent, et d’hypocrites, qui feignent de croire à ce qu’ils font ? Poursuis donc maintenant ; et continue à me citer Alexandre, Philippe et Démétrius de Phalère. On verra s’ils ont bien compris ce que veut la commune nature, et s’ils ont su faire leur propre éducation. Mais s’ils n’ont eu qu’un personnage plus ou moins dramatique, je ne connais personne qui puisse me condamner à les imiter. L’œuvre de la philosophie est aussi simple que modeste. Ne me pousse donc pas à une morgue solennelle.