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“Qu’il faut ſervir, & prendre en recompence
Qu’oncq d’vn tel neud nul ne fuſt arreſté.”
PARDON AMOVR, pardon, ô Seigneur ie te voüe
Le reſte de mes ans, ma voix & mes eſcris,
Mes ſanglots, mes ſouſpirs, mes larmes & mes cris :
Rien, rien tenir d’aucun, que de toy ie n’aduoue.
Helas comment de moy, ma fortune ſe ioue.
De toy n’a pas long temps, amour, ie me ſuis ris.
I’ay failly, ie le voy, ie me rends, ie ſuis pris.
I’ay trop gardé mon cœur, or ie le deſadvoüe.
Si i’ay pour le garder retardé ta victoire,
Ne l’en traitte plus mal, plus grande en eſt ta gloire.
Et ſi du premier coup tu ne m’as abbatu,
Penſe qu’vn bon vainqueur & nay pour eſtre grand,
Son nouveau priſonnier, quand vn coup il ſe rend,
Il priſe & l’ayme mieux, s’il a bien combatu.
C’eſt amour, c’eſt amour, c’eſt luy ſeul, je le ſens :
Mais le plus vif amour, la poiſon la plus forte,
À qui onq pauvre cœur ait ouverte la porte.
Ce cruel n’a pas mis vn de ſes traitz perçans,
Mais arc, traits & carquoys, & luy tout dans mes ſens.
Encor vn mois n’a pas, que ma franchiſe eſt morte,
Que ce venin mortel dans mes veines ie porte,
Et deſ-ja i’ay perdu, & le cœur & le ſens.
Et quoy ? Si ceſt amour à meſure croiſſoit,
Qui en ſi grand tourment dedans moy ſe conçoit ?
Ô croiſtz, ſi tu peux croiſtre, & amende en croiſſant.
Tu te nourris de pleurs, des pleurs je te prometz,
Et pour te refreſchir, des ſouſpirs pour iamais.
Mais que le plus grand mal ſoit au moins en naiſſant.
C’eſt faict mon cœur, quitons la liberté.
Dequoy meshuy ſerviroit la deffence,
Que d’agrandir & la peine & l’offence ?
Plus ne ſuis fort, ainſi que i’ay eſté.
La raiſon fuſt un temps de mon coſté,
Or revoltée elle veut que ie penſe
Qu’il faut ſervir, & prendre en recompence
Qu’oncq d’vn tel neud nul ne fuſt arreſté.
S’il ſe faut rendre, alors il eſt ſaiſon,
Quand on n’a plus devers ſoy la raiſon.
Je voy qu’amour, ſans que ie le deſerve,
Sans aucun droict, ſe vient ſaiſir de moy ?
Et voy qu’encor il faut à ce grand Roy
Quand il a tort, que la raiſon luy ſerve.
C’eſtoit alors, quand les chaleurs paſſées,
Le ſale Automne aux cuves va foulant,
Le raiſin gras deſſoubz le pied coulant,
Que mes douleurs furent encommencées.
Le paiſan bat ſes gerbes amaſſées,
Et aux caveaux ſes bouillans muis roulant,
Et des fruitiers ſon automne croulant,
Se vange lors des peines advancées.
Seroit ce point vn preſage donné
Que mon eſpoir eſt deſ-ja moiſſonné ?
Non certes, non. Mais pour certain ie penſe,
I’auray, ſi bien à deuiner i’entends,
Si l’on peut rien prognoſtiquer du temps,
Quelque grand fruict de ma longue esperance.
I’ay veu ſes yeux perçans, i’ay veu ſa face claire :
(Nul iamais ſans ſon dam ne regarde les dieux) ;
Froit, ſans cœur me laiſſa ſon œil victorieux,
Tout eſtourdi du coup de ſa forte lumiere.
Comme vn ſurpris de nuit, aux champs, quand il eſclaire,
Eſtonné, ſe palliſt ſi la fleche des cieux
Sifflant luy paſſe contre, & luy ſerre les yeux,
Il tremble, & veoit, tranſi, Iupiter en colere.
Dy moy Madame, au vray, dy moy ſi tes yeux vertz
Ne ſont pas ceux qu’on dit que l’amour tient couvertz ?
Tu les auois, ie croy, la fois que ie t’ay veüe,
Au moins il me ſouvient qu’il me fuſt lors aduis
Qu’amour, tout à un coup, quand premier ie te vis,
Desbanda deſſus moy, & ſon arc, & ſa veüe.
Ce dit maint vn de moy, dequoy ſe plaint il tant,
Perdant ſes ans meilleurs en choſe ſi legiere ?
Qu’a-t-il tant à crier, ſi encore il eſpere ?
Et s’il n’eſpere rien, pourquoy n’eſt il content ?
Quand i’eſtois libre & ſain i en diſois bien autant.