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“On vit tout à un coup, du miſérable amant
La vie & le tiſon, s’en aller en fumée.”
J’étais près d’encourir pour jamais quelque blame.
De colère échauffé mon courage brûlait,
Ma folle voix au gré de ma fureur branlait,
Je dépitais les dieux, & encore ma dame.
Lorſqu’elle de loin jette un brevet dans ma flamme
Je le ſentis ſoudain comme il me rhabillait,
Qu’auſſitoſt devant luy ma fureur s’en allait,
Qu’il me rendait, vainqueur, en ſa place mon ame.
Entre vous, qui de moi, ces merveilles oyez,
Que me dites-vous d’elle ? & je vous prie voyez,
S’ainſi comme je fais, adorer je la dois ?
Quels miracles en moi, penſez-vous qu’elle faſſe
De ſon œil tout puiſſant, ou d’un rai de ſa face.
Puiſqu’en moy firent tant les traces de ſes doigts.
Je tremblais devant elle, & attendais, tranſi,
Pour venger mon forfoit quelque juſte ſentence,
À moi-meſme con(ſci)ent du poids de mon offenſe,
Lorſqu’elle me dit, va, je te prends à merci.
Que mon los déſormais partout ſoyt éclairci :
Employe là tes ans : & ſans plus mes-huy penſe
D’enrichir de mon nom par tes vers noſtre France,
Couvre de vers ta faute, & paye-moi ainſi.
Sus donc ma plume, il faut, pour jouir de ma peine
Courir par ſa grandeur, d’une plus large vene.
Mais regarde à ſon œil, qu’il ne nous abandonne.
Sans ſes yeux, nos eſprits ſe mourraient languiſſants.
Ils nous donnent le cœur, ils nous donnent le ſens.
Pour ſe payer de moi, il faut qu’elle me donne.
Ô vous maudits ſonnets, vous qui prîtes l’audace
De toucher à ma dame : oſ malins & pervers,
Des Muſes le reproche, & honte de mes vers :
Si je vous fis jamais, s’il faut que je me faſſe
Ce tort de confeſſer vous tenir de ma race,
Lors pour vous les ruiſſeaux ne furent pas ouverts
D’Apollon le doré, des muſes aux yeux verts,
Mais vous reçut naiſſants Tiſiphone en leur place
Si j’ai oncq quelque part à la poſtérité
Je veux que l’un & l’autre en ſoyt déſhérité.
Et ſi au feu vengeur des or je ne vous donne,
C’eſt pour vous diffamer, vivez, chétifs, vivez,
Vivez aux yeux de tous, de tout honneur privez :
Car c’eſt pour vous punir, qu’ores je vous pardonne.
N’ayez plus mes amis, n’ayez plus cette envie
Que je ceſſe d’aimer, laiſſez-moi obſtiné,
Vivre & mourir ainſi, puiſqu’il eſt ordonné,
Mon amour c’eſt le fil, auquel ſe tient ma vie.
Ainſi me dit la fée, ainſi en Aeagrie
Elle fit Méléagre à l’amour deſtiné,
Et alluma ſa ſouche à l’heure qu’il fut né,
Et dit, toy, & ce feu, tenez-vous compagnie.
Elle le dit ainſi, & la fin ordonnée
Suivit après le fil de cette deſtinée.
La ſouche (ce dit-on) au feu fut conſommée,
Et dès lors (grand miracle) en un meſme moment,
On vit tout à un coup, du miſérable amant
La vie & le tiſon, s’en aller en fumée.
Quand tes yeux conquérants étonné je regarde,
J’y vois dedans au clair tout mon eſpoir écrit,
J’y vois dedans amour, luy-meſme qui me rit,
Et me montre mignard le bonheur qu’il me garde.
Mais quand de te parler parfois je me haſarde,
C’eſt lors que mon eſpoir deſſéché ſe tarit.
Et d’avouer jamais ton œil, qui me nourrit,
D’un ſeul mot de faveur, cruelle, tu n’as garde.
Si tes yeux ſont pour moi, or vois ce que je dis,
Ce ſont ceux-là, ſans plus, à qui je me rendis.
Mon Dieu quelle querelle en toi-meſme ſe dreſſe,
Si ta bouche & tes yeux ſe veulent démentir.
Mieux vaut, mon doux tourment, mieux vaut les départir,
Et que je prenne au mot de tes yeux la promeſſe.
Ce ſont tes yeux tranchants qui me font le courage.
Je vois ſauter dedans la gaie liberté,
Et mon petit archer, qui mène à ſon coſté
La belle gaillardiſe & plaiſir le volage.
Mais après, la rigueur de ton triſte langage
Me montre dans ton cœur la fière honneſteté.