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“Tout ce qui est absolu est du domaine de la pathologie.”
Extrait d’une vieille nouvelle florentine — chose vécue, d’ailleurs : buona femmina e mala femmina vuol bastone. — Sacchetti, Nov. 86.
Amener insidieusement son prochain à avoir bonne opinion de vous, et après coup croire fermement que c’est là l’opinion du prochain : qui donc, dans ce tour de force, saurait imiter les femmes ?
Ce qu’une époque considère comme mauvais, c’est généralement un résidu inactuel de ce qui jadis fut trouvé bon, — l’atavisme d’un idéal vieilli.
Autour d’un héros, tout devient tragédie ; — autour d’un demi-dieu, tout devient satyre ; — autour de Dieu, tout devient — quoi donc ? peut-être « univers » ? —
Avoir du talent ne suffit pas : il faut aussi avoir votre permission d’en avoir, — eh quoi ! mes amis ?
« Là où se trouve l’arbre de la connaissance se trouve aussi le paradis. » Ainsi parlent les plus vieux et les plus jeunes serpents.
Ce qui se fait par amour se fait toujours par delà le bien et le mal.
L’objection, l’écart, la méfiance sereine, l’ironie sont des signes de santé. Tout ce qui est absolu est du domaine de la pathologie.
Le sens du tragique augmente et diminue avec la sensualité.
La démence, chez l’individu, est quelque chose de rare, — chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c’est la règle.
La pensée du suicide est une puissante consolation. Elle aide à bien passer plus d’une mauvaise nuit.
Ce n’est pas seulement notre raison, mais encore notre conscience, qui se soumettent à notre penchant le plus fort, à celui qui est le tyran en nous.
Il faut rendre le bien et le mal. Mais pourquoi serait-ce justement à la personne qui nous a fait le bien ou le mal ?
On n’aime plus assez sa connaissance aussitôt qu’on la communique aux autres.
Les poètes manquent de pudeur à l’égard de leurs aventures : ils les exploitent.
« Notre prochain n’est pas notre voisin, mais le voisin de celui-ci », — ainsi pensent tous les peuples.
L’amour amène à la lumière les qualités sublimes et secrètes de celui qui aime, — ce qu’il possède de rare, d’exceptionnel. C’est pourquoi l’amant trompe facilement sur ce qui est la règle chez lui.
Jésus dit à ses juifs : « La loi a été faite pour les esclaves, — aimez Dieu, comme je l’aime, comme son fils ! Que nous importe la morale, à nous autres fils de Dieu ! »
En vue de tous les partis. — Un berger a toujours besoin d’un mouton conducteur, autrement il lui faut être à l’occasion mouton lui-même.
On ment bien de la bouche : mais avec la gueule qu’on fait en même temps, on dit la vérité quand même.
Chez les hommes durs, l’intimité est affaire de pudeur — et c’est quelque chose de précieux.
Le christianisme a donné du poison à boire à Éros : — il n’est pas mort, mais il a dégénéré en vice.
Parler beaucoup de soi peut être un moyen comme un autre pour se cacher.
Dans l’éloge il y a plus d’importunité que dans le blâme.
La pitié fait presque un effet risible chez l’homme qui cherche la connaissance, de même que les mains fines chez le cyclope.
Par amour pour les hommes, on embrasse quelquefois un être quelconque (parce qu’on ne peut les embrasser tous) : mais c’est précisément ce qu’il ne faut pas révéler à cet être quelconque…
On ne hait pas tant qu’on méprise. On ne hait que son égal ou son supérieur.
Ô utilitaires, vous aussi, vous n’aimez l’utile que comme véhicule de vos penchants, — vous aussi, vous trouvez le bruit que font les roues de ce véhicule insupportable ?
On n’aime, en définitive, que ses penchants, et non pas ce vers quoi l’on penche.
La vanité d’autrui ne va contre notre goût que quand elle va contre notre vanité.