Extrait de l’anthologie publique

Pascal · Pensées · Section I, paragraphes 25-39

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“Le docteur, qui parle un quart d’heure après avoir tout dit, tant il est plein de désir de dire.”

On se persuade mieux, pour l’ordinaire, par les raisons qu’on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l’esprit des autres.

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Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n’y en a point qui soit plus à craindre que la comédie. C’est une représentation si naturelle et si délicate des passions, qu’elle les émeut et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l’amour ; principalement lorsqu’on [le] représente fort chaste et fort honnête. Car plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d’en être touchées : sa violence plaît à notre amour-propre, qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets, que l’on voit si bien représentés ; et l’on se fait en même temps une conscience fondée sur l’honnêteté des sentiments qu’on y voit, qui ôtent la crainte des âmes pures, qui s’imaginent que ce n’est pas blesser la pureté, d’aimer d’un amour qui leur semble si sage.

Ainsi l’on s’en va de la comédie le cœur si rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l’amour, et l’âme et l’esprit si persuadés de son innocence, qu’on est tout préparé à recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher l’occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu’un, pour recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l’on a vus si bien dépeints dans la comédie.

Scaramouche, qui ne pense qu’à une chose.

Le docteur, qui parle un quart d’heure après avoir tout dit, tant il est plein de désir de dire.

On aime à voir l’erreur, la passion de Cléobuline, parce qu’elle ne la connaît pas ; elle déplairait, si elle n’était trompée.

Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu’on entend, laquelle on ne savait pas qu’elle y fût, en sorte qu’on est porté à aimer celui qui nous le fait sentir ; car il ne nous a pas fait montre de son bien, mais du nôtre ; et ainsi ce bienfait nous le rend aimable, outre que cette communauté d’intelligence que nous avons avec lui incline nécessairement le cœur à l’aimer.

Éloquence qui persuade par douceur, non par empire, en tyran, non en roi.

Les rivières sont des chemins qui marchent et qui portent où l’on veut aller.

Lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des hommes, comme, par exemple la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. ; car la maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si mauvais d’être dans l’erreur, que dans cette curiosité inutile.

La manière d’écrire d’Épictète, de Montaigne et de Salomon de Tultie, est la plus d’usage, qui s’insinue le mieux, qui demeure [le] plus dans la mémoire, et qui se fait le plus citer, parce qu’elle est toute composée de pensées nées sur les entretiens ordinaires de la vie ; comme, quand on parlera de la commune erreur qui est parmi le monde que la lune est cause de tout, on ne manquera jamais de dire que Salomon de Tultie dit que, lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune, etc., qui est la pensée de l’autre côté.

Éd. 1678, Ch. xxxi] 19

La dernière chose qu’on trouve en faisant un ouvrage, est de savoir celle qu’il faut mettre la première.

Ordre. — Pourquoi prendrai-je plutôt à diviser ma morale en quatre qu’en six ? pourquoi établirai je plutôt la vertu en quatre, en deux, en un ? pourquoi en abstine et sustine plutôt qu’en suivre nature, ou faire ses affaires particulières sans injustice, comme Platon, ou autre chose ? — Mais voilà, direz-vous, tout renfermé, en un mot. — Oui, mais cela est inutile, si on ne l’explique ; et quand on vient à l’expliquer, dès qu’on ouvre ce précepte qui contient tous les autres, ils en sortent en la première confusion que vous vouliez éviter. Ainsi, quand ils sont tous renfermés en un, ils y sont cachés et inutiles, comme en un coffre, et ne paraissent jamais qu’en leur confusion naturelle. La nature les a tous établis sans renfermer l’un en l’autre.