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“S’ils sont fâchés dans le fond de leur cœur de n’avoir pas plus de lumière, qu’ils ne le dissimulent pas : cette déclaration ne sera point honteuse ; il n’y a de honte qu’à n’en point avoir.”
Ainsi ceux qui ne font que feindre ces sentiments seraient bien malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinents des hommes. S’ils sont fâchés dans le fond de leur cœur de n’avoir pas plus de lumière, qu’ils ne le dissimulent pas : cette déclaration ne sera point honteuse ; il n’y a de honte qu’à n’en point avoir. Rien n’accuse davantage une extrême faiblesse d’esprit que de ne pas connaître quel est le malheur d’un homme sans Dieu : rien ne marque davantage une mauvaise disposition du cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses éternelles ; rien n’est plus lâche que de faire le brave contre Dieu. Qu’ils laissent donc ces impiétés à ceux qui sont assez mal nés pour en être véritablement capables ; qu’ils soient au moins honnêtes gens s’ils ne peuvent être chrétiens, et qu’ils reconnaissent enfin qu’il n’y a que deux sortes de personnes qu’on puisse appeler raisonnables ; ou ceux qui servent Dieu de tout leur cœur parce qu’ils le connaissent, ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur, parce qu’ils ne le connaissent pas.
Mais pour ceux qui vivent sans le connaître et sans le chercher, ils se jugent eux-mêmes si peu dignes de leur soin, qu’ils ne sont pas dignes du soin des autres, et qu’il faut avoir toute la charité de la religion qu’ils méprisent, pour ne les pas mépriser jusqu’à les abandonner dans leur folie. Mais, parce que cette religion nous oblige de les regarder toujours, tant qu’ils seront en cette vie, comme capables de la grâce qui peut les éclairer, et de croire qu’ils peuvent être dans peu de temps plus remplis de foi que nous ne sommes, et que nous pouvons au contraire tomber dans l’aveuglement où ils sont, il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu’on fît pour nous si nous étions à leur place, et les appeler à avoir pitié d’eux-mêmes, et à faire au moins quelques pas pour tenter s’ils ne trouveront pas de lumières. Qu’ils donnent à cette lecture quelques-unes de ces heures qu’ils emploient si inutilement ailleurs ; quelque aversion qu’ils y apportent, peut-être rencontreront-ils quelque chose, et pour le moins ils n’y perdront pas beaucoup ; mais pour ceux qui y apporteront une sincérité parfaite et un véritable désir de rencontrer la vérité, j’espère qu’ils auront satisfaction, et qu’ils seront convaincus des preuves d’une religion si divine, que j’ai ramassées ici, et dans lesquelles j’ai suivi à peu près cet ordre…
**205] 194 bis
[On doit avoir pitié des uns et des autres ; mais on doit avoir pour les uns une pitié qui naît de tendresse, et, pour les autres, une pitié qui naît de mépris.]
[Je ne prends point cela par système, mais par la manière dont le cœur de l’homme est fait non par un zèle de dévotion et de détachement, mais par un principe purement humain, et par un mouvement d’intérêt et d’amour-propre, et parce que c’est une chose qui nous intéresse assez pour nous en émouvoir, d’être assurés qu’après tous les maux de la vie, une mort inévitable, qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement dans peu d’années… dans l’horrible nécessité…]
[Il est sans doute qu’il n’y a point de bien sans la connaissance de Dieu, qu’à mesure qu’on en approche on est heureux, et que le dernier bonheur est de le connaître avec certitude, qu’à mesure qu’on s’en éloigne on est malheureux, et que le dernier malheur serait la certitude du contraire.
C’est donc un malheur que de douter, mais c’est un devoir indispensable de chercher dans le doute ; et ainsi, celui qui doute et qui ne cherche pas, est tout ensemble malheureux et injuste ; que s’il est avec cela gai et présomptueux, je n’ai point de terme pour qualifier une si extravagante créature.]