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“Cependant, comme il épousa Métella très peu de jours après, on crut que, pour faire ce nouveau mariage, il avait accusé faussement Cécilia (Cloelia) de stérilité.”
Mais en voilà assez sur sa confiance en la Divinité. Il était d’ailleurs dans toute sa conduite plein d’inégalités et de contradictions. Prendre beaucoup, donner davantage, combler d’honneurs sans raison, insulter sans motif, faire servilement la cour à ceux dont il avait besoin, traiter durement ceux qui avaient besoin de lui : tel était son caractère ; et l’on ne savait s’il était naturellement plus hautain que flatteur. Il portait cette même inégalité dans ses vengeances ; il condamnait aux plus cruels supplices pour les causes les plus légères, et supportait avec douceur les plus grandes injustices ; il pardonnait facilement des offenses qui semblaient irrémédiables, et punissait les moindres fautes par la mort ou la confiscation des biens. On expliquerait peut-être ces contradictions en disant que, cruel et vindicatif par caractère, il étouffait, par raison, son ressentiment, quand son intérêt l’exigeait. Dans cette guerre sociale, ses soldats assommèrent à coups de bâtons et à coups de pierres un de ses lieutenants, nommé Albinus, qui avait été préteur. II ne fit aucune recherche contre les auteurs d’un si grand crime ; au contraire, il en tirait. avantage, en disant que ses soldats n’en seraient que plus ardents à faire dans cette guerre tout ce qu’il leur commanderait, parce qu’ils voudraient effacer ce forfait par leur courage. Il ne fut pas même touché des reproches qu’on lui en fit ; comme il avait déjà formé le projet de perdre Marius, et que, voyant la guerre sociale près de finir, il voulait se faire nommer général contre Mithridate, il flattait l’armée qu’il avait sous ses ordres.
De retour à Rome, il fut nommé consul avec Quintus Pompéius : il avait alors cinquante ans. Il fit en même temps une très belle alliance en épousant Cécilia, fille de Metellus le grand pontife. Ce mariage lui attira de la part du peuple des chansons satiriques, et excita l’indignation de la plupart des grands, qui, selon la remarque de Tite-Live, ne trouvèrent pas digne d’une telle femme celui qu’ils avaient trouvé digne du consulat. Mais Cécilia n’était pas sa première femme ; dans sa jeunesse, il en avait eu une nommée Ilia , dont il lui restait une fille ; il épousa ensuite Élia ; et en troisièmes noces Cécilia (Cloelia), qu’il répudia comme stérile, après avoir pris soin de son honneur et de sa réputation, et l’avoir comblée de présents. Cependant, comme il épousa Métella très peu de jours après, on crut que, pour faire ce nouveau mariage, il avait accusé faussement Cécilia (Cloelia) de stérilité. Au reste, il aima constamment Métella, et eut pour elle les plus grands égards, au point qu’un jour le peuple romain ayant demandé le rappel des partisans de Marius qui avaient été bannis, et voyant que Sylla s’y opposait, la multitude appela Métella à haute voix, et implora sa médiation. Il paraît même qu’après avoir pris Athènes, il ne traita si cruellement les Athéniens que pour les punir d’avoir lancé, du haut de leurs murailles, des traits mordants contre sa femme ; nous en parlerons plus bas.
Sylla, qui ne voyait dans le consulat qu’une dignité commune, au prix de ses prétentions pour l’avenir, désirait ardemment d’être chargé de la guerre contre Mithridate. Il avait pour concurrent Marius, à qui l’ambition et la manie de la gloire, passions qui ne vieillissent jamais, faisaient oublier sa faiblesse et son grand âge. Obligé, par cette raison, de renoncer aux dernières expéditions d’Italie, il recherchait alors, au-delà des mers, des guerres étrangères ; et, profitant de l’absence de Sylla, qui était retourné à son camp pour y terminer un reste d’affaires, il trama dans Rome cette sédition funeste, qui causa plus de maux aux Romains que toutes les guerres qu’ils avaient eues jusque alors à soutenir. Les dieux l’annoncèrent par divers prodiges. Le feu prit spontanément au bois des piques qui soutenaient les enseignes, et l’on eut beaucoup de peine à l’éteindre. Trois corbeaux apportèrent dans la ville leurs petits ; et, après les avoir dévorés en présence de tout le monde, ils en remportèrent les restes dans leurs nids. Des souris ayant rongé de l’or consacré dans un temple, les gardiens de cet édifice sacré en prirent une dans une souricière, où elle fit cinq petits et en dévora trois. Mais le signe le plus frappant, c’est que dans un ciel serein et sans nuages on entendit une trompette qui rendait un son si aigu et si lugubre, que tout le monde en fut dans la frayeur et la consternation. Les devins toscans, consultés sur ce dernier prodige, répondirent qu’il annonçait un nouvel âge qui changerait la face du monde ; qu’il devait se succéder huit races d’hommes qui différeraient entre elles par leurs mœurs et leurs genres de vie ; que Dieu avait fixé pour chacune de ces races une durée de temps, limitée par la période de la grande année, que, lorsqu’une race finit et qu’il s’en élève une autre, le ciel ou la terre en donne le signal par quelque mouvement extraordinaire. Ceux qui se sont occupés de ces sortes d’études, ajoutaient-ils, et qui les ont approfondies, connaissent quand il est né sur la terre une espèce d’hommes qui ont d’autres mœurs, d’autres manières de vivre que ceux qui les ont précédés, et dont les dieux prennent plus ou moins de soin. lls font observer que dans ces renouvellements de races il arrive de grands changements ; qu’un des plus sensibles est l’accroissement d’estime et d’honneur qu’obtient, dans une race, la science de la divination, qui voit toutes ses prédictions se vérifier, les dieux faisant connaître aux devins, par les signes les plus clairs et les plus certains, tout ce qui doit arriver ; au lieu que, dans une autre race, cette science est généralement méprisée, parce que la plupart de ses prédictions se font précipitamment sur de simples conjectures, et que la divination n’a, pour connaître l’avenir, que des moyens obscurs et des traces presque effacées. Voilà les fables que débitaient les Toscans qui passaient pour les plus habiles et les plus instruits. Pendant que le sénat était assemblé dans le temple de Bellone, pour conférer avec les devins sur ces prodiges, on vit tout à-coup un passereau voler au milieu de l’assemblée, portant dans son bec une cigale qu’il partagea en deux ; il en laissa tomber une partie dans le temple, et s’envola avec l’autre. Les devins dirent que ce prodige leur faisait craindre une sédition entre le peuple des champs et celui de la ville : car celui-ci crie toujours comme la cigale, et l’autre vit tranquillement dans ses terres.