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“Observateur superstitieux de cette loi, il viola celle qu’il avait faite lui-même pour borner la dépense des funérailles, et n’épargna rien à celles de Métella.”
Sylla consacra à Hercule la dîme de ses biens, et, à cette occasion, il donna au peuple des festins magnifiques. Il y eut une telle abondance, ou plutôt une telle profusion de mets, que, chaque jour, on jetait dans le Tibre une quantité prodigieuse de viandes, et qu’on y servit du vin de quarante ans, et du plus vieux encore. Au milieu de ces réjouissances, qui durèrent plusieurs jours, Métella mourut. Pendant sa maladie, les prêtres défendirent à Sylla de la voir, et de souiller sa maison par des funérailles. Il lui envoya donc un acte de divorce, et la fit transporter encore vivante dans une autre maison. Observateur superstitieux de cette loi, il viola celle qu’il avait faite lui-même pour borner la dépense des funérailles, et n’épargna rien à celles de Métella. Il n’observa pas davantage les règlements pour la simplicité des repas, dont il était aussi l’auteur ; et, pour pour se consoler de son deuil, il passait les journées dans les débauches et dans les plaisirs. Peu de mois après, il se donna un combat de gladiateurs ; et comme alors les places n’étaient pas encore marquées dans les spectacles, que les hommes et les femmes y étaient confondus ensemble, Sylla se trouva, par hasard, à côté d’une femme très belle et d’une grande naissance : elle était fille de Messala, sœur de l’orateur Hortensius, se nommait Valéria, et venait de faire divorce avec son mari. Cette femme, s’étant approchée de Sylla par-derrière, appuya sa main sur lui, arracha un poil de sa robe, et alla reprendre sa place. Sylla l’ayant fixée avec étonnement : « Seigneur, lui dit-elle, ne soyez pas surpris : je veux avoir aussi quelque part à votre bonheur. » Cette parole fit plaisir à Sylla ; il parut même qu’elle l’avait extrêmement flatté : car tout de suite il fit demander son nom, sa famille et son état. Dès ce moment, ce ne fut que des oeillades réciproques, que des regards continuels, que des sourires d’intelligence, qui se terminèrent par un contrat de mariage. En cela, peut-être, Valéria ne mérite point de reproches ; mais Sylla n’est pas excusable. Eût-elle été la plus honnête et la plus vertueuse des femmes, son mariage n’aurait pas eu pour cela une cause plus honnête : il s’était laissé prendre, comme un jeune homme sans expérience, à ces regards, à ces cajoleries, qui ordinairement allument les passions les plus honteuses.
La société d’une si belle femme ne l’empêcha point de continuer à vivre avec des comédiennes, des ménétrières, des musiciens, et de boire avec eux dès le matin, couché sur de simples matelas. Les personnes qui avaient alors le plus de crédit auprès de lui, c’étaient le comédien Roscius, l’archimime Sorix, et Métrobius, qui jouait les rôles de femme. Quoique celui-ci fût déjà vieux, Sylla l’aimait toujours, et n’avait pas honte de l’avouer. Cette vie de débauche nourrit en lui une maladie qui n’avait eu que de légers commencements. Il fut longtemps à s’apercevoir qu’il s’était formé dans ses entrailles un abcès qui, ayant insensiblement pourri ses chairs, y engendra une si prodigieuse quantité de poux, que plusieurs personnes occupées, nuit et jour, à les lui ôter, ne pouvaient en épuiser la source, et que ce qu’on en ôtait n’était rien en comparaison de ce qui s’en reproduisait sans cesse : ses vêtements, ses bains, les linges dont on l’essuyait, sa table même, étaient comme inondés de ce flux intarissable de vermine, tant elle sortait avec abondance ! Il avait beau se jeter plusieurs fois le jour dans le bain, se laver, se nettoyer le corps, toutes ces précautions ne servaient de rien ; ses chairs se changeaient si promptement en pourriture, que tous les moyens dont on usait pour y remédier étaient inutiles, et que la quantité inconcevable de ces insectes résistait à tous les bains. On dit que, parmi les anciens, Acastus, fils de Pélias, et, dans des temps plus modernes, le poète Alcman, Phérécyde le théologien, Callisthène d’Olynthe pendant qu’il était en prison, et Mutius le jurisconsulte, moururent de la même maladie ; et, s’il faut en citer d’autres qui, sans avoir rien fait de remarquable, ne laissent pas d’être connus, j’ajouterai Eunus, cet esclave fugitif qui suscita le premier la guerre des esclaves en Sicile, et qui, conduit prisonnier à Rome, y mourut de la maladie pédiculaire.