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“Il remporta cette victoire le jour de la fête des Dionysiaques, le même jour que Pompée, quatre ans auparavant, était sorti de Rome pour cette guerre civile.”
Comme il avait le plus grand désir de prendre Caton vivant, il marcha promptement vers Utique : Caton, chargé de la défense de cette ville, ne s’était pas trouvé à la bataille. César apprit en chemin qu’il s’était donné lui-même la mort, et laissa voir toute la peine qu’il en ressentait ; on ignore par quel motif ; il dit seulement, quand on lui en donna la nouvelle : « Ô Caton, j’envie ta mort, puisque tu m’as envié la gloire de te donner la vie ! » Le traité qu’il écrivit contre Caton, après sa mort, n’est pas d’ un homme adouci à son égard, et qui fût disposé à lui pardonner. L’eût-il épargné vivant, s’il l’eût eu en sa puissance, lui qui versait sur Caton, mort depuis longtemps, tant de fiel et d’amertume ? Il est vrai que la clémence dont il usa envers Cicéron, Brutus et mille autres qui avaient porté les armes contre lui, fait conjecturer qu’il aurait aussi pardonné à Caton, et que, s’il composa ce traité contre lui, ce fut moins par un sentiment de haine que par une rivalité politique. Il le fit à l’occasion suivante. Cicéron avait composé l’éloge de Caton et donné même le nom de ce célèbre Romain à cet ouvrage, qui, sorti de la plume du plus grand orateur de Rome, et sur un si beau sujet, était, comme on peut le croire, fort recherché. César en eut du chagrin ; il regarda comme une censure indirecte de sa personne l’éloge d’un homme dont il avait occasionné la mort. Il composa donc un écrit dans lequel il entassa beaucoup de charges contre lui, et qu’il intitula Anti-Caton. Les noms de Cicéron et de César font encore aujourd’hui à ces deux ouvrages de zélés partisans.
Dès que César fut de retour de son expédition d’Afrique, il fit une harangue au peuple, où il parla de sa victoire dans les termes les plus magnifiques ; il dit que les pays dont il venait de faire la conquête étaient si étendus que le peuple romain en tirerait tous les ans deux cent mille médimnes attiques de blé, et trois millions de livres d’huile. Il triompha trois fois : la première pour l’Égypte, la seconde pour le Pont, et la troisième pour l’Afrique. Dans ce dernier triomphe, Scipion n’était pas nommé ; il n’y était question que du roi Juba ; le fils de ce prince, qui était encore dans l’enfance, suivit le char du triomphateur ; et ce fut pour lui la captivité la plus heureuse. Né barbare et Numide, il dut à son malheur de devenir un des plus savants historiens grecs. Après ses triomphes, César fit de grandes largesses à ses soldats, et donna des festins et des spectacles à tout le peuple, qu’il traita sur vingt-deux mille tables de trois lits chacune. Il fit représenter à l’honneur de sa fille Julie, morte depuis longtemps, des combats de gladiateurs et des naumachies. Quand tous ces spectacles furent terminés, on fit le dénombrement du peuple, et au lieu de trois cent vingt mille citoyens qu’avait donné le dernier dénombrement, il ne s’en trouva que cent trente mille : tant la guerre civile avait été meurtrière pour Rome ! tant elle avait moissonné de citoyens, sans compter tous les fléaux dont elle avait affligé le reste de l’Italie et toutes les provinces.
Après ce dénombrement, César, nommé consul pour la quatrième fois, partit sur-le-champ pour aller en Espagne faire la guerre aux fils de Pompée. Malgré leur jeunesse, ils avaient mis sur pied une armée formidable par le nombre des soldats, et ils montraient une audace qui les rendait dignes du commandement ; aussi mirent-ils César dans le plus grand danger. Ils livrèrent sous les murs de la ville de Munda une grande bataille, dans laquelle César, voyant ses troupes vivement pressées, n’opposer aux ennemis qu’une faible résistance, se jeta au fort de la mêlée, en criant à ses soldats s’ils n’avaient pas honte de le livrer ainsi à des enfants. Ce ne fut que par des efforts extraordinaires qu’il parvint à repousser les ennemis : il leur tua plus de trente mille hommes, et perdit mille des siens, qui étaient les plus braves de l’armée, En rentrant dans son camp, après la bataille, il dit à ses amis qu’il avait souvent combattu pour la victoire, mais qu’il venait de combattre pour la vie. Il remporta cette victoire le jour de la fête des Dionysiaques, le même jour que Pompée, quatre ans auparavant, était sorti de Rome pour cette guerre civile. Le plus jeune des fils de Pompée se sauva de la bataille, et peu de jours après Didius vint mettre aux pieds de César la tête de l’aîné.