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“notre vie est courte, c'est nous qui la rendons telle; nous n'avons pas trop peu de temps, nous en perdons beaucoup”
La plupart des mortels, Paulinus, se plaignent de la malignité de la nature, parce que nous naissons pour un si court espace de temps, et que cette carrière de la vie qui nous est donnée s'écoule avec une si rapide vitesse, hormis ceux qui se rangent au nombre des insensés, on oublie ce que l'on a reçu, et l'on regrette ce qui passe. Mais ce n'est point là, comme on le dit, le mal: notre vie est courte, c'est nous qui la rendons telle; nous n'avons pas trop peu de temps, nous en perdons beaucoup. La vie est assez longue, et elle nous a été donnée en assez grande abondance pour l'accomplissement des plus grandes choses, si elle était bien employée toute entière. Mais, lorsqu'elle s'écoule dans le luxe et dans la négligence, lorsqu'elle n'est employée à rien d'honnête, alors, pressés par la dernière nécessité, nous sentons qu'elle a passé sans que nous en ayons joui, et nous ne comprenons pas qu'elle meurt. Ainsi, il n'est pas vrai que nous ayons reçu peu de temps; nous en perdons beaucoup. La vie que nous avons est assez longue, et nous en avons reçu une mesure suffisante pour faire les plus grandes choses, si nous la savions bien employer. Mais, lorsqu'elle s'écoule dans les plaisirs et dans la paresse, lorsqu'elle n'est consacrée à aucun travail utile, alors, à la fin, pressés par la nécessité, nous sentons qu'elle a passé sans que nous l'ayons sentie, et nous ne comprenons pas qu'elle meurt. Fais donc, mon cher Paulinus, ce que tu ferais si tu avais à t'embarquer pour un long voyage: mets ordre à tes affaires, et tâche de te rendre libre. Mais il ne faut pas remettre ce soin au lendemain; car il n'y a point de jour qui ne soit pour toi le dernier, et qui ne doive être regardé comme tel. Il faut vivre comme si l'on devait toujours vivre, et en même temps comme si l'on devait mourir le lendemain. Il n'y a point de temps plus précieux que celui que l'on consacre à la sagesse, et il n'y en a point qui soit moins perdu. Car, tandis que nous nous livrons à d'autres occupations, nous sommes distraits par elles; mais, lorsque nous cultivons la sagesse, nous sommes tout entiers à nous-mêmes. Il n'y a point de temps plus précieux que celui que l'on emploie à la philosophie, car elle nous rend libres et nous fait sortir de l'esclavage des passions. Il n'y a point de temps moins perdu, car il nous rapporte toujours quelque chose. La philosophie nous donne le repos, et elle nous arrache à la multitude des affaires. Qui ne sait que la vie des hommes est courte? Mais, en quoi consiste sa brièveté? En ce que nous n'en jouissons pas, et que nous la laissons échapper sans la posséder. Nous ne la possédons pas, parce que nous sommes toujours hors de nous-mêmes, et que nous nous précipitons dans l'avenir, sans jouir du présent. Nous ne savons pas jouir de ce que nous avons, et nous désirons toujours ce que nous n'avons pas. C'est pourquoi la vie nous semble courte, parce que nous ne la mesurons pas à sa juste valeur. Elle est assez longue, si nous savons en user. Mais, comme nous la perdons, elle nous paraît courte. Appliquons-nous donc à la bien employer, et nous verrons qu'elle est assez longue pour tout ce que nous avons à faire. Ne nous plaignons donc pas de la brièveté de la vie, mais de notre mauvaise conduite. Car nous avons assez de temps, si nous voulons en user sagement. Mais, si nous le dissipons, nous n'en aurons jamais assez. C'est pourquoi, Paulinus, renonce à toutes ces occupations qui te distraient, et donne-toi tout entier à la sagesse. Ne remets pas au lendemain; car chaque jour doit être le dernier pour toi, et tu dois vivre comme si tu devais mourir le lendemain. Ainsi, tu ne perdras point de temps, et tu ne seras point trompé par l'espérance d'un long avenir. La vie est assez longue, si elle est bien employée. Mais, si elle est mal employée, elle est toujours trop courte. Ne laisse donc pas échapper le temps, et ne le perds pas en des occupations frivoles. Vis pour toi-même, et ne te donne pas tout entier aux autres. La philosophie est la seule chose qui puisse te rendre libre et te faire jouir de la vie. Elle te donnera le repos, et elle te délivrera de l'inquiétude. Elle te fera connaître la véritable durée de la vie, et elle t'apprendra à la bien employer. Elle te montrera que la vie n'est pas courte, mais que nous la rendons telle par notre faute. Applique-toi donc à la sagesse, et tu verras que la vie est assez longue pour tout ce que tu as à faire. Ne te plains donc plus de la brièveté de la vie, mais de ta propre négligence. Car nous avons assez de temps, si nous voulons en user sagement. Mais, si nous le dissipons, nous n'en aurons jamais assez. Voilà, mon cher Paulinus, ce que j'avais à te dire sur la brièveté de la vie. J'espère que ces conseils te seront utiles, et que tu les mettras en pratique. Car il ne suffit pas de savoir ce qu'il faut faire, il faut encore le faire. Ainsi, renonce à toutes les occupations qui te distraient, et donne-toi tout entier à la sagesse. Ne remets pas au lendemain; car chaque jour doit être le dernier pour toi, et tu dois vivre comme si tu devais mourir le lendemain. Ainsi, tu ne perdras point de temps, et tu ne seras point trompé par l'espérance d'un long avenir. La vie est assez longue, si elle est bien employée. Mais, si elle est mal employée, elle est toujours trop courte. Ne laisse donc pas échapper le temps, et ne le perds pas en des occupations frivoles. Vis pour toi-même, et ne te donne pas tout entier aux autres. La philosophie est la seule chose qui puisse te rendre libre et te faire jouir de la vie. Elle te donnera le repos, et elle te délivrera de l'inquiétude. Elle te fera connaître la véritable durée de la vie, et elle t'apprendra à la bien employer. Elle te montrera que la vie n'est pas courte, mais que nous la rendons telle par notre faute.