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“L'église Notre-Dame de Paris est encore aujourd'hui un édifice magnifique et sauve.”
L'église Notre-Dame de Paris est encore aujourd'hui un édifice magnifique et sauve. Mais si belle qu'elle soit en sa vieillesse, on ne peut s'empêcher de soupirer, de s'indigner devant les dégradations, les mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir à ce vénérable monument. Le temps a terni les couleurs, mais il a respecté les lignes. Les hommes ont été plus féroces. Ils ont brisé, arraché, abattu, scié, poncé, gratté, abîmé tout ce qui était sculpture, ornement, statue, tout ce qui faisait la parure de cette cathédrale. Et pourtant il reste encore assez de beauté pour que le regard s'arrête longuement sur la façade principale. Cette façade se compose de trois grandes portes en anse de panier, surmontées d'une galerie des rois, d'une grande rose centrale, de deux fenêtres latérales, et de deux grandes tours carrées. Le tout est d'un admirable ensemble de proportions et de force. La rose, surtout, est un chef-d'œuvre de découpage et de hardiesse. On dirait une immense dentelle de pierre, où les rayons de la Vierge et les anges se mêlent dans un réseau de feuillages et de fleurs. Au-dessous, les petits arcs des rois, avec leurs niches, forment comme une couronne de personnages. Chaque détail a sa signification, chaque ornement est une pensée. L'histoire du peuple et de la foi est écrite sur cette façade. C'est là que le sculpteur et l'architecte ont mis leur âme. Les tours, elles, s'élancent droites et sévères, gardant un mystère de rêverie. Elles sont comme deux géants qui veillent sur la ville. Le temps a noirci leur pierre, mais il n'a pu les abaisser. Elles dominent toujours Paris, du haut de leurs quatre cents pieds. Et le soir, quand le soleil couchant rougit la vieille basilique, on croit voir un grand vaisseau de pierre, immobile, voguant dans les nuages de feu. Telle est Notre-Dame, telle elle apparaît encore à ceux qui savent la regarder. Mais hélas ! ce n'est plus celle que le moyen âge avait rêvée. La révolution a passé par là, et a laissé sa trace. Elle a brisé les statues des saints, elle a dispersé les reliques, elle a fait de l'édifice un temple de la Raison. Puis le temps a effacé ces outrages, mais la blessure est restée. Cependant, sous les couches de crasse et de limon que les siècles ont déposées, le génie des constructeurs vit encore. Il suffit d'un regard pour le reconnaître. Et jamais on n'a mieux senti que, dans ce monument, il y a une âme. C'est une cathédrale de pierre, mais c'est aussi un poème de foi. Chaque arête, chaque voussure, chaque pilier chante une louange. Les cloches, dans leurs tours, disent l'heure et la prière. Et quand le carillon sonne, on croit entendre la France entière qui tressaille. Voilà pourquoi Notre-Dame de Paris est plus qu'un édifice : c'est un livre, un livre où le peuple a écrit son histoire en caractères de pierre. Et ce livre est ouvert à tous ceux qui savent lire. Il raconte la foi des pères, la souffrance des humbles, la gloire des rois, la sagesse des saints. Il est à lui seul une bibliothèque et un musée. Mais surtout, il est une prière. Car cette cathédrale, avant d'être un chef-d'œuvre d'art, est une maison de Dieu. Et c'est pour cela qu'elle dure encore, debout au milieu des ruines du temps.