Extrait de l’anthologie publique

Honoré de Balzac · Le Père Goriot · Le Père Goriot, Première partie : Une pension bourgeoise

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“L’histoire du père Goriot est une tragédie de l’amour paternel, un drame qui se déroule au milieu des petites intrigues de la pension.”

Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise située rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marcel. Cette pension, connue sous le nom de Maison Vauquer, reçoit des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, et n’a jamais été l’objet de médisances, mais, à vrai dire, les visages des pensionnaires ne sont pas à examiner de trop près. Vous y voyez les mêmes caractères que dans le monde, seulement plus accusés ; les mêmes vices, les mêmes passions, mais exagérés. La maison est un microcosme de la société parisienne, où se déroulent les drames les plus poignants dans le silence. La maîtresse de la maison, madame Vauquer, est une femme de cinquante ans, grasse, fleurie, avec un nez trop court, une bouche trop large, et des yeux toujours baissés. Elle s’enveloppe dans un châle de cachemire élimé, et porte un bonnet aux rubans fanés. Ses mouvements sont lents, sa voix est douce, mais elle est capable des cruautés les plus délicates. La pension elle-même est un bâtiment de trois étages, avec une cour à l’arrière et un jardin devant. La salle à manger est le cœur de la maison, où les pensionnaires se réunissent pour les repas. La pièce est basse de plafond, avec une odeur de renfermé, et le mobilier est vieux et usé. Les murs sont peints d’un jaune sale, et le sol est recouvert d’une cire collante. La table est mise avec une nappe qui a connu des jours meilleurs, et les assiettes sont ébréchées. Les pensionnaires sont une bande hétéroclite : il y a un ancien pâtissier, un ancien employé du gouvernement, un jeune étudiant en droit, un homme mystérieux nommé Vautrin, et le vieux père Goriot, qui est l’objet de la risée de tous. Le père Goriot est un homme de soixante ans, qui a jadis fait fortune dans le commerce de la vermicellerie, mais qui vit maintenant dans une petite chambre au dernier étage, vêtu de vêtements usés. Il est obsédé par ses deux filles, qui ont épousé des hommes de la haute société et qui ne viennent que rarement le voir. Les autres pensionnaires se moquent de lui, mais il est indifférent à leurs railleries, consumé par son amour pour ses enfants. L’histoire du père Goriot est une tragédie de l’amour paternel, un drame qui se déroule au milieu des petites intrigues de la pension. La maison est une prison pour l’âme, où les rêves des jeunes sont écrasés par la réalité de la pauvreté. L’atmosphère est lourde de désespoir, mais aussi d’une étrange vitalité, comme si les murs eux-mêmes étaient saturés des émotions des habitants. La pension est un monde à part, une scène où les acteurs jouent leurs rôles avec une détermination sombre. Madame Vauquer est la directrice de ce théâtre, et elle règne sur son domaine avec une main de fer. Elle est à la fois mère et tyran, prenant soin de ses pensionnaires tout en les exploitant. La Maison Vauquer est un symbole de l’impitoyabilité de la société, où les faibles sont dévorés par les forts. C’est un lieu d’ombres et de lumière, où la vérité est toujours cachée derrière un masque de civilité. Le lecteur est invité à entrer dans ce monde, à observer les personnages, et à réfléchir sur la nature de l’amour, de l’ambition, et du sacrifice. L’histoire du père Goriot est un miroir tendu à la société de la Restauration, une société qui adore l’argent et le pouvoir, et qui méprise les pauvres. Le vieillard, qui a tout donné à ses filles, est laissé à mourir seul, oublié de tous sauf de quelques-uns. La tragédie de sa vie est une leçon sur la vanité des désirs humains, et la vérité éternelle que l’amour est la seule chose qui compte. Tel est le début de ce grand roman, un chef-d’œuvre du réalisme et une exploration poignante de la condition humaine.