Extrait de l’anthologie publique

Pascal · Pensées · Section III, paragraphes 1-15

5 min de lecture

“Et puis le faire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatistes, qui travaillent celui qui les recherche.”

Lettre pour porter à rechercher Dieu.

Et puis le faire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatistes, qui travaillent celui qui les recherche.

La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce ; mais de la vouloir mettre dans l’esprit et dans le cœur par la force et par les menaces, ce n’est pas y mettre la religion, mais la terreur, terrorem potius quam religionem.

Ne, si terrerentur et non docerentur, improba quasi dominatio videretur (Aug. Ep. 48 ou 49).

iv tom : Contra mendacium — ad Consentium.

Ordre. — Les hommes ont mépris pour la religion ; ils en ont haine, et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison, vénérable, en donner respect ; la rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu’elle fût vraie ; et puis montrer qu’elle est vraie. Vénérable, parce qu’elle a bien connu l’homme ; aimable, parce qu’elle promet le vrai bien.

Il faut, en tout dialogue et discours, qu’on puisse dire à ceux qui s’en offensent : de quoi vous plaignez-vous ?

Commencer par plaindre les incrédules, ils sont assez malheureux par leur condition ; il ne les faudrait injurier qu’au cas que cela servît, mais cela leur nuit.

Plaindre les athées qui cherchent, car ne sont-ils pas assez malheureux ? — invectiver contre ceux qui en font vanité.

Et celui-là se moquera de l’autre ? qui se doit moquer ? et cependant, celui-ci ne se moque pas de l’autre, mais en a pitié.

Reprocher à Miton de ne point se remuer, quand Dieu le reprochera.

Quid fiet hominibus qui minima contemnunt, majora non credunt ?

Première Copie 209] 194

… Qu’ils apprennent au moins quelle est la religion qu’ils combattent, avant que de la combattre. Si cette religion se vantait d’avoir une vue claire de Dieu, et de la posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu’on ne voit rien dans le monde qui la montre avec cette évidence. Mais puisqu’elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres et dans l’éloignement de Dieu, qu’il s’est caché à leur connaissance, que c’est même le nom qu’il se donne dans les Écritures, Deus absconditus ; et enfin, si elle travaille également à établir ces deux choses, que Dieu a établi des marques sensibles dans l’Église pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement, et qu’il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu’il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur, quel avantage peuvent-ils tirer, lorsque dans la négligence où ils font profession d’être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre, puisque cette obscurité où ils sont, et qu’ils objectent à l’Église, ne fait qu’établir une des choses qu’elle soutient, sans toucher à l’autre, et établit sa doctrine, bien loin de la ruiner ?

Il faudrait, pour la combattre, qu’ils criassent qu’ils ont fait tous leurs efforts pour chercher partout, et même dans ce que l’Église propose pour s’en instruire, mais sans aucune satisfaction. S’ils parlaient de la sorte, ils combattraient à la vérité une de ses prétentions. Mais j’espère montrer ici qu’il n’y a personne raisonnable qui puisse parler de la sorte, et j’ose même dire que jamais personne ne l’a fait. On sait assez de quelle manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croient avoir fait de grands efforts pour s’instruire, lorsqu’ils ont employé quelques heures à la lecture de quelque livre de l’Écriture, et qu’ils ont interrogé quelque ecclésiastique sur les vérités de la foi. Après cela, ils se vantent d’avoir cherché sans succès dans les livres et parmi les hommes. Mais, en vérité, je leur dirai ce que j’ai dit souvent, que cette négligence n’est pas supportable. Il ne s’agit pas ici de l’intérêt léger de quelque personne étrangère, pour en user de cette façon ; il s’agit de nous-même, et de notre tout.